La jeunesse s’organise avec Gustave Assah

Heureuse surprise de croiser Gustave aperçu 3 ans plus tôt lors de l’Assemblée mondiale de citoyens qui s’est tenue à Lille en 2001 ! Il nous avait parlé à l’époque de son engagement pour changer le monde avec les jeunes. Le défi pour lui n’a pas l’air d’avoir changé !? Il a sans doute encore plus de signification. Alors comment vas-tu cher Gustave ?



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Gustave Assah à droite aux côtés de l’animatrice du centre Bartimé et de Félix le responsable du collège d’Afrique

Retrouvailles ! Tout a commencé en revoyant Gustave Assah avec de rapides présentations respectives et surtout avec le souvenir des moments communs passés à Lille en France. Il est arrivé à notre lieu de rendez-vous au Centre Culturel Français de Cotonou avec sa 80cm cube Yamaha, le cartable calé entre les genoux, cravate et chemise légères assorties au pantalon. Tout en discutant avec nous, il réussissait à serrer autour de lui une bonne dizaine de poignées de main en nous associant brièvement à ses rencontres. Ici un député travaillant avec Gustave sur un projet de lutte contre la pauvreté dans le cadre des objectifs du millénaire des Nations-Unies, là un copain de quartier, par là un consultant oeuvrant dans le même cabinet d’expertise que Gustave... Nous le découvrions en même temps que l’on découvrait son monde ! Il n’y a certainement que les africains qui savent faire cela : saluer une centaine de camarades et ne pas perdre le fil d’une même discussion !?

Un peu plus tard, en lui parlant du Togo et du désir exprimé par les acteurs rencontrés 150 km plus à l’ouest de préparer un forum social sur le modèle du forum social mondial et de ses descendants ouest-africains (Sénégal, Mali et Maroc notamment), il nous propose, en plus d’une flopée d’autres rencontres qu’il nous suggère, d’organiser un atelier dans le but de présenter les expériences de l’Assemblée mondiale de citoyens, des fora sociaux africains et de lancer l’idée d’un forum social béninois, puis d’organiser une rencontre avec des jeunes mal-voyants autour de la Charte des responsabilités humaines. Une invitation comme celle-ci ne se refuse pas !


En voici un retour abrégé avec Gustave tout d’abord qui nous présente son action avec la jeunesse du Bénin et d’ailleurs, ensuite avec un coup d’oeil du côté des ateliers de discussions autour de la Charte des responsabilités humaines.



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Comment vas-tu Gustave et comment se porte le chantier Jeunes de l’Alliance pour un monde responsable pluriel et solidaire et le réseau de jeunes que tu animes ici ? Peux-tu nous en faire un rapide portrait ?

Ca va très bien ! Je suis plus que jamais mobilisé pour la cause de la jeunesse à travers le réseau Glegbenu et le chantier Jeunes !

Je vous situe un peu les choses : le réseau Glegbenu est une démarche qui relie des organisations de jeunesse et des jeunes au Bénin et dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Nous pensons que les jeunes ont leur mot à dire sur la marche du monde, sur celle de leur pays et de leur quartier. Ce sont eux les porteurs du monde de demain et il me paraît évident qu’il faut avoir la possibilité d’agir à l’âge de sa jeunesse pour se sentir acteur de la société à part entière une fois à l’âge adulte. Je crois qu’il faut non seulement avoir le désir, la volonté, mais aussi la possibilité concrète d’agir sur le monde qui nous entoure. C’est là où le défi ne fait que commencer ! Comment donner la parole aux jeunes, leur permettre de construire une vision d’eux-mêmes et de la société et les rendre acteurs de la vie collective ?
L’idée essentielle de ce réseau est de favoriser la participation des jeunes dans la vie sociale. Il tente pour cela d’appuyer l’expression des jeunes, de mettre en commun leurs préoccupations individuelles et sociales, leurs idées, leurs expériences et de bâtir des projets.

La particularité de notre réseau, c’est qu’il réunit des individus et des structures en assurant des relations du local au mondial : ce sont des voisins, des amis, des jeunes habitant la ville de Cotonou et de ses environs, et à la fois des jeunes vivant dans d’autres parties du monde en Australie, en Afrique, en Amérique du Nord. Cette variété permet de voir comment les jeunes parviennent à élaborer un projet de sensibilisation portant sur la paix en Inde et comment d’autres font le même genre de chose en Amérique du Sud. Cette porte ouverte sur la diversité du monde est fabuleuse !

Avec le réseau Glegbenu, nous travaillons dans l’ouest africain et nous sommes en relation avec le chantier Jeunes de l’Alliance qui lui est sans frontières. Je suis le coordinateur de Glegbenu parallèlement à mon activité de consultant que j’exerce dans un collectif d’expert-consultants dans le domaine du développement. Pour vous donner quelques exemples, nous avons pu organiser une caravane de sensibilisation sur le SIDA au Bénin ; un autre projet nommé Dialogues universitaires a consisté à enregistrer et systématiser les rapports de mémoire des étudiants en fin de cycle universitaire puis des ateliers de mise en débat de la Charte des responsabilités humaines et des propositions du chantier Jeunes international de l’Alliance.

Localement, en Afrique de l’Ouest, nous avons travaillé dès le départ avec Dialogues sur la gouvernance en participant aux rencontres et aux débats, et j’ai récemment accompagné le coordinateur et l’animatrice régionale du réseau dans une campagne de promotion plus large de nos travaux sur Cotonou.

Glegbenu et le chantier Jeunes ont vu le jour en 1995. Dix neuf coordinateurs régionaux impliqués chacun dans des organisations locales, animent le chantier international aux quatre coins de la planète. Nous partageons ensemble nos pratiques, nos informations et nos programmes d’activités. Nous définissons actuellement la prochaine étape du réseau autour d’un projet baptisé « Culture 21 ».



Quelques compléments :

- le site web de l’Assemblée mondiale de citoyens
- le portrait de Victor, camarade associatif de Gustave et impliqué dans Glegbenu



Le samedi 2 et le lundi 4 octobre, jour de la rentrée scolaire au Bénin, nous organisons, dans les locaux du collège d’Afrique, deux ateliers de présentation de la Charte des responsabilités humaines avec un groupe de jeunes mal-voyants du centre Bartimé de Cotonou, des élèves et enseignants du collège d’Afrique, des membres du réseau Glegbenu et des volontaires de l’Ong Africapeace. Objet du rendez-vous : présenter et débattre de la Charte des responsabilités humaines, déjà transcrite en braille abrégé par le groupe de jeunes mal-voyants lors d’un travail préalable effectué avec Gustave et Aurélien Atidegla - président du GRAPAD (Groupe de Recherche et d’Action pour la Promotion de l’Agriculture et du Développement).


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Démarrage de l’atelier en fanfare ! Le groupe de jeunes mal-voyants interprètent un morceau de percussion africaine

La présentation de la charte (voir le lien en fin d’article) a mis l’accent sur quatre points clés :

- la charte propose des principes guidant l’exercice des responsabilités individuelles et collectives et non pas des préceptes rigoureux à plaquer sur la réalité : elle appelle un effort de traduction et d’appropriation par chacun en fonction de sa culture et de son terrain d’action collective.
- la responsabilité telle qu’elle est définie dans la charte est proportionnelle au savoir et au pouvoir de celui qui l’exerce mais elle a un caractère actif : même ceux qui possèdent peu de pouvoir pour agir ont la responsabilité de s’unir collectivement pour sortir de l’impuissance.
- l’écriture de la charte émane d’une histoire, d’un long processus démocratique et citoyen, celui de l’Alliance pour un monde responsable pluriel et solidaire.
- il appartient à chacun de s’approprier la charte des responsabilités et de voir comment elle se prolonge dans la vie quotidienne.


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Après quelques demandes de clarification concernant l’écriture de la Charte, sa position vis à vis de la Déclaration des Droits de l’Homme et de la Charte des Nations-Unies et la définition de la responsabilité, les participants ont lancé les pistes d’exploitation suivantes :


- l’insertion de la charte dans les projets d’alphabétisation avec les populations en milieu rural et dans les églises ; « nous devons apporter cette charte vers les autres non voyants du monde entier et promouvoir la responsabilité en notre sein afin de décliner son contenu (...) cette charte en braille est la preuve de la rupture d’une barrière entre nous et les mieux portants visuellement ; c’est une manière de nous impliquer au même pied d’égalité que les autres membres de la société dans le monde entier » ont déclaré les jeunes mal-voyants.
- l’opportunité exprimée par une enseignante de travailler la charte et de l’adapter au contenu de la formation civique et politique dans le cadre de la vie syndicale.
- l’utilisation de la charte au sein du collège d’Afrique notamment en l’associant aux cours hebdomadaires d’instruction civique et morale (proposition de Felix Nougbodé - directeur du collège).

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Prise de notes pendant la lecture de la Charte

- l’utilisation de la charte dans les cours d’histoire-géographie qui ont récemment été modifiés dans les textes officiels de l’Education nationale (proposition d’une enseignante en Histoire-Géographie).

Toutes ces pistes de travail sont à présent dans les mains de Gustave. Un grand merci à toi Gustave pour ton dynamisme, ta fureur du débat et pour ta générosité !


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Les participants à l’atelier du 2 octobre sur la Charte des responsabilités

Quelques compléments :

- l’origine et la présentation de la Charte des responsabilités humaines sur le site web de l’Alliance pour un monde responsable pluriel et solidaire -> consulter le site web
- la Charte des responsabilités humaines (format PDF - 90 Ko) -> télécharger





Cotonou - Bénin, le 4 octobre 2004.




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