Meetings in Tashkent

Qu’est-ce qui fait bouger les choses en Ouzbékistan ? La tâche a été particulièrement ardue. Le tissu associatif n’est pas très dense, l’accès a certains milieux toujours délicat, et le temps réservé à nos partenaires bien sûr limité. Il n’empêche que nos quelques rencontres, si elles n’ont pas été nombreuses, ont été intéressantes et fructueuses (english - francais).


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Comment comprendre ce qui se passe en Ouzbékistan ? Quels sont les acteurs qui font bouger les choses ? Pour y voir plus clair, allons voir les autres ! En arrivant sur Tashkent, nous n’avons aucun contact préalable. Nous avons extrait quelques coordonnées du répertoire cango.net sur le web, un répertoire d’organisations non-gouvernementales développé par la coopération américaine et qui présente, comme tous les annuaires du genre, beaucoup de lacunes dans la validité et la mise à jour des données. C’est avec cette première base que l’on parvient à entrer en contact avec un premier groupe de personnes. De fil en aiguille, nous entendons parler d’autres initiatives et nous élargissons nos cercles d’interlocuteurs. Voici un aperçu de nos dix jours d’investigation dans la capitale.

Avant tout, un grand merci à Macha, chercheuse à l’Institut d’hydrologie de Tashkent, qui a grandement facilité nos discussions et qui a ensoleillé notre séjour sur Tashkent. Egalement à Kendon (Brink expedition) pour avoir contribué à traduire la version originale de ce texte en anglais.


Association des femmes d’affaires d’Ouzbékistan (BWA)
- rencontre de Dildar Alimbekova - présidente de l’association

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Première association citoyenne créée en 1991 en Asie centrale après la fin du régime soviétique, BWA est l’incubateur par excellence de petites et moyennes entreprises créées par des femmes. Elle appuie l’entreprenariat grâce à une politique de formation, de soutien au micro-crédit, de conseil et d’aide à la planification en Ouzbékistan.

"Avec les difficultés économiques de 1991 liées à l’indépendance des pays d’Asie centrale, la fiscalité élevée, la difficulté des procédures et d’accès au micro-crédit, nous devions imaginer un moyen d’appuyer les entrepreneurs. On peut ajouter à cela le fait que les femmes, traditionnellement mariées pour la plupart entre 20 et 23 ans, ne participent qu’aux alentours de 26 ans à la vie économique (...) Aujourd’hui sur les 200 000 petites entreprises ouzbeks, 20 000 sont nées d’initiatives féminines. Plusieurs acteurs se sont constitués autour de la problématique (cf partenaires plus loin), notamment une union des banques de crédit. Nous estimons avoir appuyé 12 000 créateurs d’activité économique depuis 14 ans" confie Dildar. L’organisation se dote d’un plan stratégique renouvelé tous les trois ans et dispose de plusieurs antennes autonomes dans les régions ouzbeks. Elle est également fraîchement implantée au Kazakstan, au Tadjikistan et au Kirghizistan.

Dildar est membre d’un conseil gouvermental et participe actuellement à un groupe de travail sur la réforme des lois s’appliquant aux activités économiques. Elle souligne l’énorme difficulté des associations ouzbeks à survivre depuis un an suite à une mesure ministérielle réglementant les activités des associations. "Nous n’osons pas nous fédérer et imaginer des processus où partager nos visions et construire des propositions communes. Nos défis à l’avenir : imaginer comment participer à la formation professionnelle, assurer le suivi des entrepreneurs et utiliser davantage les leçons que nous pouvons tirer de notre expérience".

Quelques partenaires de l’association : l’Association mondiale des femmes entrepreneurs, l’Assemblée des organisations non-gouvernementales féminines de la Communauté des Etats Indépendants (CEI), l’Union ouzbek des banques de crédit, le ministère de la Justice, le ministère du Travail et de la Protection Sociale ouzbeks, la Banque mondiale, la Commission européenne, German Handicraft Chamber, l’USAID, l’UNDP, le Centre de recherche économique et social.




Projet culturel ARK
- rencontre de Rifat Gumerov - coordinateur et Léon Zakrevsky - association des avocats ouzbeks.

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Elevé à la pédagogie Freynet à l’Institut pédagogique de Ferghana en Ouzbékistan, Rifat continue à côtoyer l’alternatif dans le domaine artistique. L’idée, selon lui, qui sous-tend le projet ARK : "Chacun est seul face à sa vie. Entre la naissance et la mort, notre ligne de vie se mélange à celle des autres sous la forme d’interactions.
Le projet ARK rassemble des artistes autour de cette idée et veut montrer que nos vies sont liées et contribuent à regénérer la société. Des architectes, des femmes, des artistes (écrivains, plasticiens, peintres, musiciens, danseurs), des jeunes sont solidaires de cette idée. Chacun peut être amené à prendre une initiative artistique. Ce projet est un moyen de sauvegarder et promouvoir notre culture, notamment face au pouvoir de la monnaie et du gain qui bouffe le sens de la vie et les valeurs".

Le projet a édité plusieurs ouvrages intitulés ARK et Dixi recueillant des nouvelles de jeunes écrivains et des poésies.



Association pour la Littérature Libre
- rencontre de Alexandrovich Iakovlev - président de l’association, artiste peintre et écrivain.

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L’association informelle réalise un travail d’éditeur et élabore ses projets d’édition à partir des rencontres d’écrivains locaux. Alexandrovich, en particulier, organise des expos et ateliers réunissant des artistes et écrivains, et construit avec eux les projets d’édition. Une des éditions, intitulée Tak Kak, a vu le jour en 1992 autour de l’idée de ressourcer la philosophie et l’expression poétique.
Quelles idéologies nous restent-ils après la fin de l’Union soviétique ? C’est une des premières questions que pose Alexandrovich. Nous avons besoin de refonder nos idéologies sur le futur, sur la société. Cela signifie rechercher des alternatives et c’est très ardu ici. Il n’y a pas de presse indépendante et quand elle l’est, elle est sous pression. Discuter de politique, c’est prendre des risques".

Compléments :
- un site d’information "alternatif" (anglais - russe - ouzbek)
- l’Alliance des éditeurs indépendants.


Club des photographes - Académie de l’art de l’Ouzbékistan
- rencontre de Vladimir Hirnov - photographe et d’autres photographes

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Une bonne partie des 25 membres du club (section photo de l’Académie de l’Art de l’Ouzbékistan) se retrouve tous les week-end dans une pizzeria de Tashkent. Bien qu’il n’y ait pas de labos et d’agrandisseur, c’est la table, la bière à la pression, les photos, les expériences et les idées qui sont au menu du jour. L’équipe de photographes est sensible à la variété des cultures et à la citoyenneté internationale. Parmi les idées de Vladimir justement, celle de photographier le déroulement d’une journée dans tous les pays de la planète, de mettre sur pied un projet sur le regard humain, "car le regard, c’est le miroir et le révélateur de la vie. Pour l’instant, parler de projet est plutôt utopique, annonce Vladimir. C’est difficile de trouver des moyens à mettre au service d’un projet. De la part du gouvernement ouzbek, n’y pensons pas, et nous avons du mal à accéder aux interlocuteurs culturels étrangers tels que les ambassades. Nous écrivons, et nous attendons les réponses. Nous cherchons des associations d’artiste-photographes avec qui nous pourrions échanger et pourquoi pas collaborer".




Centre de développement touristique de Samarkand
- Dix minutes avec Farrukh Naberayev - directeur

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Ce centre sur Samarkand participe actuellement à un projet de développement touristique soutenue par l’Union européenne et coduit dans 5 régions du pays. "Nous avons la chance de pouvoir travailler avec l’Union européenne sur un projet de dvéloppement touristique en Ouzbékistan dans le cadre du programme TACIS (Technical Assistance for Community of Independant States). Cinq régions ouzbeks sont concernées et nous mettons en place un certain nombre de choses pour promouvoir durablement le potentiel touristique avec des centres d’information, la formation des acteurs touristiques et la labellisation des prestations. L’Etat a planifié sur 10 ans sa politique en matière de tourisme et a affiché une ouverture. Cela nous rassure, car la guerre en Afghanistan, les événements de la vallée de Ferghana ont beaucoup appauvri la fréquentation touristique. L’Etat est cependant très sévères avec les organisations civiles. Il contrôle leur action et l’attribution des fonds qui proviennent des bailleurs internationaux. L’existence de nombreuses associations est certainement compromise. Nous aimerions construire une fédération d’organisations à vocation touristique mais c’est difficilement imaginable pour l’instant !" .




Banque mondiale - bureau de Tashkent
- rencontre de Matluba Mukhamedova

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La Banque mondiale a posé sa première pierre au Kirghizistan en 1992 après l’indépendance de l’Ouzbékistan. Elle appuie la création d’infrastructures en matière de santé, d’éducation, de distribution d’eau, d’irrigation, de transport et également d’appui à l’entreprenariat. Ses interlocuteurs principaux sont les services du gouvernement puis, sur un plan plus technique, les NGO locales.
Matluba souligne la difficulté d’adapter les procédures de travail avec le gouvernement ouzbek qui a tendance à vouloir tout contrôler. "Les études nous sont utiles car elles nous permettent de pointer des aspects que nous transmettons en particulier au gouvernement sur des sujets clés. Sur le coton par exemple, une étude a montré qu’une partie de la taxation de la matière première revenait en subvention aux agriculteurs. Cette donnée a interpellé le gouvernement. Par ailleurs, notre réseau d’agence de la Banque mondiale nous permet d’échanger nos expériences en parallèle des bilans et des données que nous enregistrons dans une banque de données centralisée. Notre expérience locale alimente la définition des stratégies régionales".
La Banque mondiale a investi environ 600 millions de dollars depuis 1992 en Ouzbékistan sous forme de prêt (150 millions de dollars sur 2002-2004). Le Kazakstan et l’Ouzbékistan perçoivent relativement peu d’aide au développement. 0,8% pour le Kazakstan (en % du PIB de 2002), 2,4 % pour l’Ouzbékistan, alors qu’on est à 11% pour le Kirghizistan.

Avec la Communauté des Etats Indépendants, l’Asie centrale est loin de disposer d’une communauté politique supra-nationale (Organisation de Coopération Economique exceptée) porteuse d’un projet politique et ayant une capacité d’action sur les politiques intérieures. Les agences internationales, les ONG semblent les seules aujourd’hui à promouvoir une dimension transfrontalière.


En savoir plus :
- le site web de l’agence de la Banque mondiale en Ouzbékistan,
- le Centre de recherche sur l’économie.



Association des usagers de l’eau (Suvchi)
- rencontre de M. Majidov - président, enseignant à l’Institut national d’irrigation

Créée en 2000 pour appuyer le monde agricole en matière d’usage de l’eau, Suvchi rassemble aujourd’hui des universitaires spécialistes de l’or bleu en Ouzbékistan. Elle participe actuellement à l’élaboration de lois pour l’usage de l’eau dans le cadre d’un groupe de travail constitué par le Sénat. L’association cherche à promouvoir une gestion durable de l’eau et sensibiliser les usagers et les décideurs. Elle ne dispose aujourd’hui que de moyens très limités.

La question du partage de l’eau se pose fortement en Asie centrale pour plusieurs raisons :
- la pression pour l’irrigation des terres notamment pour la culture du coton, est énorme (entre 1974 et 1986, l’eau du Syr-daria n’aura atteint que très rarement son embouchure dans la mer d’Aral à cause des pompages excessifs !),
- la demande croissante due à l’augmentation des surfaces cultivées du Kirghizistan et l’entrée récente de l’Afghanistan dans le marché de l’irrigation,
- l’eau est inégalement répartie entre les pays et les grands fleuves d’Asie centrale, l’Amou-daria, le Syr-daria, ont des bassins versants dans l’ensemble des Etats de la sous-région.

M. Majidov mentionne l’existence d’une Commission internationale pour la gestion de l’eau en Asie centrale et qu’un projet de création d’une convention est dans les tablettes des ministères. En 1996, plusieurs experts ont travaillé sur la gestion durable de l’eau à l’initiative d’un universitaire. Leurs travaux devaient alimenter le ministère de la planification et la création d’une organisation non-gouvernementale pour mettre en oeuvre les propositions.

Il précise que le passage du régime d’ex-URSS vers l’ouverture aux marchés se fait difficilement en Ouzbékistan où l’Etat, nostalgique de sa centralisation et certainement en demande de nouveaux modèles, freine des quatre fers la privatisation. 65% de la population est rurale. Au sortir des kolkhozes, une bonne part des exploitants se sent démunie devant les possibilités qu’offrent les lois du marché en terme de propriété et d’exploitation privées.

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Compléments :
- les travaux thématiques de l’Alliance 21




- Voir le reportage d’Oscar et le Club de guitare de Tashkent.

Pour en savoir plus :
- Des médias spécialistes de l’Asie centrale -> www.fergana.ru
-> www.akipresse.net
-> www.eurasianet.org
-> www.rferl.org


D’autres :
- Institute for Regional Studies
- la fondation Eurasia.

Des tuyaux pour un prochain voyage ?
Au Kazakstan :
- The Kazakhstan Institute of Management, Economics, and Strategic Research


Tashkent - Ouzbékistan, le 18 septembre 2005.









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