Zhi Peng, Xia Dong, Yuchang : trois jeunes croisés en Chine

"J’aime la Chine, les chinois, mais ils sont malades de la tête ... La famille, nos proches sont très importants ici en Chine. Les salaires sont faibles et si nous voulons avoir plus de chance de réussir, nous devons étudier... La pensée traditionnelle chinoise est magnifique. On a tendance à trop l’oublier". Paroles de jeunes en Chine.



C’est plutôt rare qu’un chinois vous saute dessus dans un lieu public en arborant un large sourire et en lançant un fervent "welcome, where do you come from ?". C’est surprenant et ce soir là, ça tombe très bien pour ce 24 décembre au soir, les veillées familiales se préparent en France et elles sont bien trop loin pour ne pas serrer la main à ce jeune gaillard et boire un bol avec lui.

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"Je m’appelle Wang Zhi Peng. Je suis depuis une semaine à Pékin. Je viens de Fuxin. J’habite avec ma mère et ma cousine. J’essaye d’apprendre l’anglais tout seul et de prendre du temps pour comprendre ce que je veux vraiment faire de moi ! S’inscrire dans une université ou un établissement privé coûte trop cher (5 000 yuans par an soit environ 500 euros). Selon moi, il y a différents types de gens en Chine : les riches qui ne croient en rien sauf dans le pouvoir et l’argent, les classes moyennes qui sont insatisfaites et qui courent aussi après l’argent comme si on leur avait volé, une autre classe moyenne qui cherche plutôt à partager les choses et enfin des gens très pauvres qui savent encore sourire et qui subsistent.
Je voudrais en savoir plus sur l’Europe. Comment vivent les gens, quelles sont leurs idées ? Mon rêve, ce serait de devenir reporter international". Wang Zhi Peng - récemment installé sur Pékin.





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"Nous savons que notre culture en Chine est différente de la culture des occidentaux. Ici, nous respectons beaucoup nos parents. La famille est très importante et nous essayons de rester près d’elle. C’est un devoir. Comment faites-vous pour voyager aussi longtemps ?? Il y a beaucoup de monde en Chine. Les salaires sont parfois très bas. Si nous nous formons, évidemment nous avons plus de chances de réussir. J’ai la chance d’être boursier. Une année universitaire coûte cher, environ 10 000 yuans (1 000 euros). Après avoir travaillé, vers l’âge de 40 ans, nous pourrions peut-être imaginer voyager. Avant c’est difficile ! Mon rêve, c’est de continuer mes études le mieux possible".
Yu Xiadong - étudiant en physique à l’université de Tongji de Shanghai.



Elle planche sur son doctorat en anthropologie à l’université normale de Pékin. Son habileté à saisir les idées est garantie et nécessaire pour son travail, mais cela ne suffit pas. C’est peu de dire que Yuchang apprécie la pensée. C’est une catharsis, une raison d’être, un travail permanent qui lui permet de vivre mieux, de résister, de se connecter. Il n’y a pas beaucoup de choses qui puissent échapper à l’attention qu’elle porte à l’expérience, aux faits, aux gens, à la vie. Apprendre dit-elle. Apprendre tout le temps. Par conséquent écrire et une fois écrit, lire dans ce miroir, se comprendre soi-même et repenser les choses. A tel point qu’on croirait à un refuge ou un jardin secret, retiré du chahut extérieur où elle s’installe en solitaire pour trouver ce qu’elle appelle une vérité. C’est noble. Et bourré de contradictions, elle l’avoue. Elle étudie un penseur chinois, Mencius, confuscianiste, qui croit en la bonté naturelle de l’homme. Elle se permet d’en douter et applique un précepte cher à l’école de pensée taoiste qui a peu d’accointance avec Mencius : connaître les autres, c’est sagesse. Se connaître soi-même, c’est sagesse supérieure. Imposer sa volonté aux autres, c’est force. Se l’imposer à soi-même, c’est force supérieure. Contradictions entre les signaux qui lui viennent de la réalité et de ses aspirations. Contradictions et mélange entre les limites du tangible et l’illimité des possibles. Elle le sait. Finalement, c’est de bonne augure. Ce qui compte c’est la direction, le chemin que prend la vie et le métissage que met la vie dans la pensée.

"J’aime la Chine, la culture chinoise, les chinois, mais... pour moi, ils sont malades de la tête ! Je trouve qu’il y a un manque de responsabilité, de sensibilité, de présence fidèle à des valeurs. Trop de monde court après l’argent. Avec l’égoïsme, c’est infernal ! L’éducation actuelle ne rend plus sensible à la beauté, à l’esthétique, à la vérité. Pourquoi ??
Sans doute, les conséquences de l’après Révolution culturelle avec Deng Xiaoping où l’on disait "devenir riche est une gloire !", la planification économique, l’entrée dans le marché international, l’ouverture de la Chine aux investisseurs étrangers, la ruée capitaliste qui n’a cessé depuis lors. Pourtant la pensée chinoise est magnifique. Nous avons le bouddhisme. Elle aborde aussi bien l’extérieur, le monde objectif que l’intérieur, le subjectif. Elle concilie l’homme et la nature, elle invite à se rapprocher de son ressenti, décrit les vertus morales et elle a tendance à unifier ce qui, dans les modèles de pensée occidentaux, a tendance à être séparé en disciplines : psychologie, biologie, philosophie, sociologie, introspection. Nous connaissons bien la pensée occidentale, énormément de choses sont traduites ici : Lévi Strauss, Foucault, Derrida, Morin, Lacan, Jung.
La modernité va à l’inverse de notre héritage. Je sens simplement beaucoup de choses se détruire dans cette culture de la modernité. Je n’arrive peut-être pas à m’y jeter complètement. Il faut dire que ma vie est simple : il me faut des moyens pour avoir un minimum de liberté. J’étudie, j’apprends. J’aime beaucoup apprendre. Mes études coûtent cher. J’ai emprunté de l’argent à des amis. Je n’ai pas le choix, il faut que je réussisse. Je ressens beaucoup de pressions qui mettent en contradiction avec moi-même et qui m’écarte de de ce que je ressens avec l’influence des comportements normalisés. Beaucoup de gens sacrifient ce qu’ils ressentent pour l’argent. Sacrifice consenti.... il y a de plus en plus de cas extrêmes dans les campus : les étudiants en ont ras-le-bol de vivre dans ces conditions alors ils se suppriment. L’autre chose, c’est le pouvoir vécu comme quelque chose qu’il faut conquérir et qui est un indice de prestige. L’addition passionnelle du pouvoir et de l’argent est lourde !
La vraie vie est celle que l’on peut choisir. Alors j’ai choisi d’écrire ! Une sorte de journal que je lis, que je relis qui m’apprends tous un tas de choses. J’écris aussi des nouvelles. J’y mets tout ce que je peux. Peut-être que c’est une trappe de secours ?? Mon rêve est que le monde soit plein d’amour ! ".











Pékin - Chine, le 8 février 2006.







Mots-clés

Aire géo-culturelle: Chine
Catégorie d’acteur: Enseignant et universitaire - Jeune
Itinéraire de vie: Changement de la personnalité - Recherche de sens et de vérité
Traversées - http://www.traversees.org
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