Meetings in Tehran

Nouvelle étape a Téhéran. Après 10 jours de course dans le labyrinthe des rues de cette capitale de 8 millions d’habitants, voici les témoignages de l’Université de la Protection sociale et de la Rééducation, de l’Organisation nationale de la Jeunesse, de l’Association des Etudiants, de l’Ecole de Santé publique et de quelques citoyens : Farah, Negin et Hassan (english - francais)



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Université de la Protection Sociale et des Sciences de la Rééducation (USWR)
- rencontre du Docteur Joghataey - chancelier de l’université

Créée depuis 1992, l’Université pour la Protection Sociale et la Rééducation institue un nouveau champ d’exploration et de diffusion des connaissances dans le paysage universitaire iranien. Ce volet des sciences sociales est apparu de plus en plus urgent en Iran en raison notamment de la montée progressive des Ong après la révolution islamique de 1979, l’émergence de nouveaux concepts dans l’approche du développement après 1989 et des mutations sociales qui s’opèrent dans le pays et dont on peut voir les manifestations négatives : deséquilibres identitaires et psychologiques, consommation de drogue chez les jeunes, chomage, déficit de projection dans le futur des jeunes iraniens - 50% de la population (- de 25 ans) et qui représente 20 millions de scolarisés tous niveaux confondus, a contrario implication massive des filles et des femmes dans l’université : 60% des étudiants sont des femmes. Placée sous l’égide du ministère de la Santé et le ministère de la Planification, elle vise en particulier à accroоtre la compréhension de la santé sociale iranienne, former des spécialistes et praticiens, aider à la définition des politiques publiques. L’USWR s’organise en plusieurs départements : rééducation, protection sociale, sécurité sociale, santé sociale, jeunesse, femme, enfants, handicaps, genre, relations internationales... Le professeur Joghataey souligne par ailleurs l’importance de construire une autre relation entre la société et l’université (cf expérience de l’université populaire impulsée par l’ancien président Rafsandjani) et de promouvoir l’accessibilité des connaissances pour le plus grand nombre.

En savoir plus :
- le site web de l’université
Compléments :
- l’Observatoire des réformes universitaires (ORUS)
- les travaux sur l’université du XXI siècle de l’Alliance 21


Université de la Protection Sociale et des Sciences de la Rééducation
- rencontre de Maryam Sharifian - responsable du département Protection sociale
"Le ministère de la protection sociale et de la sécurité sociale est né il y a un an mais les acteurs travaillant sur les questions de santé et d’accompagnement social existent depuis longtemps. C’est leur manque de structuration qui a incité le gouvernement à instaurer un ministère" annonce Maryam. Son équipe rassemble 8 chercheurs spécialistes dans les domaines de la sociologie, la psychiatrie et la médecine générale qui s’attaque notamment à la rédaction d’un document de planification de la politique de protection sociale pour le gouvernement. "En complément de planification, nous commenзons progressivement avec quelques expérimentations et programmes qui portent sur des publics très différents : femmes, enfants, exclus et personnes agées. Ces expérimentations nous permettent d’ajuster et de mettre à jour nos théories. Nous étudions différents modèles de protection sociale, par exemple les systèmes européens et scandinaves. Nous sommes demandeurs d’échange d’expériences avec d’autres universités et producteurs de savoirs. Nous coopérons par exemple avec l’université de Lille en France et le Middle Sex en Angleterre. Ainsi qu’avec des Ong iraniennes qui pour certaines font un très bon travail contrairement à d’autres qui ne sont que des pseudo-organisations d’apparat ». Maryam rappelle que l’Iran vit aujourd’hui des changements dans la structure familiale, des modèles de vie et une crise de la structure politique.


En savoir plus :
- le site web de l’USWR


Université de la Protection Sociale et des Sciences de la Rééducation
- rencontre de Jaleh Shaditalab - directrice de l’Institut d’Etudes sur le Genre, membre d’une Ngo proposant des micro-crédits aux femmes portant des projets de création d’activité économique

La condition des femmes a nettement progressé depuis 20 ans et en particulier ces 8 dernières années sous l’influence de l’ancien président de la république islamique Khatami déclare Jaleh. « Le taux de scolarisation a pris des galons : 70% des étudiants sont des filles dans le secteur des humanités et 62% au total des étudiants sont des femmes. Cela implique un bouleversement du noyau familial car les filles rapportent dans leurs foyers familiaux des connaissances et une assurance qui bousculent le rôle du père par exemple. Cela ne se fait pas sans accrochages mais la force de la demande sociale facilite le passage. Avant la révolution islamique de 1979, aucune famille ne laissait partir leur fille à l’université. Les femmes peuvent aujourd’hui vivre seule, c’est une révolution ! Il faut comprendre aussi que le tchador et le foulard portés par les femmes les a aidé à changer : c’est une protection qui leur permet d’être dans l’espace public en sécurité. Selon nos études, la moitié des femmes souhaitent encore porter le foulard.
Evidemment, les attentes féminines ne sont pas toutes résolues. Elles sont éduquées mais ce n’est pas encore suffisant. Elles ont beaucoup de difficultés à participer à l’économie : 25% d’entre elles y participent. D’autre part, le cadre législatif est en retard sur les moeurs. Si bien qu’un mouvement social féminin est en train d’émerger. Avec les 450 Ngo travaillant sur la promotion de la femme en Iran, les quelques députés femmes, les deux conseillères dans le cabinet présidentiel et la nouvelle génération de juristes et de journalistes féminins, on est en droit d’espérer ! ».

L’Institut d’Etudes sur le Genre travaille notamment sur un programme de création de nouveaux emplois et de recherche de niches économiques avec la Banque mondiale et les autres agences Nations-Unies.


En savoir plus :
- le site web de l’USWR


Ecole de santé publique de l’université de Téhéran
- rencontre de Alireza Mesdaghinia - professeur de santé environnementale, président de l’Association de santé environnementale, spécialiste des questions relatives aux ressources en eau.

L’eau est un bien rare en Iran. 250 mm par an avec des écarts importants, des régions désertiques et un système hydrographique pauvre. 90% de la consommation est destinée à l’agriculture. Sa gestion est assurée essentiellement par le ministère de l’Energie sans réelle coopération avec les acteurs locaux. Le défi selon Alireza, est de faire coopérer les municipalités, régions et les services de l’Etat. Une tвche rendue difficile à cause d’un manque de culture de coopération entre les échelons et l’impuissance des organisations non-gouvernementales. "Nous commenзons à nous intéresser à l’environnement. Cette problématique est dévolue pour l’instant à un secrétariat placé sous l’autorité de la présidence de la république islamique qui mériterait d’agrandir sa capacité d’audience. Nous avons un véritable défi à l’avenir car nous sommes nombreux en Iran : 70 millions d’habitants (80 millions à l’horizon 2015 selon le PNUD)" déclare Alireza.
Côté santé, le système iranien est relativement performant. Un nombre important de docteurs (particulièrement dans les villes), une formation initiale de qualité, un dispositif de médecine préventive dans les zones rurales, un réseau de professionnels spécialisés, une sécurité sociale payante qui couvre 70% des soins pour les assurés mais qui reste cependant inaccessible pour une part non négligeable de la population, traduction d’une politique qui s’avère globalement favorable au secteur lucratif.

Compléments :
- les travaux de l’Alliance 21 sur les relations humanité - biosphère


Students Organization
- rencontre de Omid Maleki - directeur du bureau des relations internationales, ancien conseiller du président Khatami sur les questions de jeunesse

Créée en 1999 à l’initiative de l’ancien président Khatami, l’Ong est affiliée au ministère de l’Education et est l’unique organisation nationale mobilisant les étudiants de l’enseignement primaire et secondaire (jeunes de 7 à 18 ans). Elle organise notamment le parlement d’étudiants dont les suggestions peuvent être entendues par le gouvernement et aider à la conduite des projets, participe à la défense des droits de l’enfant (monitoring, suivi de certaines affaires en justice), anime des programmes de promotion de la citoyenneté.
"17 millions de jeunes sont scolarisés dans les écoles iraniennes. 4 millions à peu près sont membres de clubs et d’association. Nous nous efforзons de travailler sur la citoyenneté des jeunes, c’est une donnée importante pour notre transition politique. Leur fournir des savoirs sur les droits et une première chose qu’il faut compléter par des savoirs sur la responsabilité" explique Omid. L’Ong établit des liens de collaboration direct avec l’étranger (sans forcément emprunter les voies diplomatiques) et a un partenariat avec la Cité scientifique de Paris, la Malaysie, le Liban, la Chine, l’Angleterre notamment et devrait s’insérer bientôt dans le dispositif Ecosoc animé par les Nations-Unies.

PS : L’expérience originale de l’Iran students news agency, un journal collaboratif iranien animé par un réseau de 30000 étudiants iraniens implanté en Iran et dans d’autres pays -> http://www.isna.ir (en perse exclusivement)


Youth National Organization
- rencontre de Rahim Ebadi et de ses proches collaborateurs (Rahim Ebadi est directeur de l’organisation et conseiller du président de la République islamique).

La structure, comme la précédente, est née du président Khatami qui souhaitait donner aux jeunes la possibilité de dialoguer avec les autres civilisations du monde et de les amener à participer aux événements mondiaux. Une de ses missions est d’aider la création d’Ong par les étudiants entrés dans l’enseignement supérieur (à partir de 18 ans et plus). "Devant les changements de la jeune société iranienne (pour mémoire 50% des jeunes ont moins de 25 ans), nous essayons de les aider dans les secteurs comme l’emploi, la protection sociale, l’accès aux études supérieures à travers différents programmes que nous pilotons. Nous avons créé avec eux il y a 4 ans, un parlement d’étudiants de l’enseignement supérieur qui joue un rôle de conseil auprès du Haut Conseil de l’éducation" précise Rahim.

En savoir plus :
- le site web de Youth National Organization


Rencontre express de Hassan - traducteur et de Farah - membre d’une organisation féministe
La situation est plutôt corsée pour les femmes en Iran et le nouveau président a exprimé des positions régressives dans son discours. La dernière manifestation de femmes a été marquée par l’arrestation de manifestantes et nous n’avons pas de nouvelles d’une entre elles. Amnesty international a dans la foulée lancé un appel international pour signaler les faits. Peu après, nous avons pu voir des photos de personnes torturées affichées dans la rue et sur le web.
Sous Khatami, les manifestations étaient plus envisageables (cf en juin 2005 manifestation de 4000 femmes devant l’université de Téhéran avec le slogan "We are women, we are citizens of this world but we don’t have any rights !"). "Nous estimons que la constitution iranienne n’est pas favorable aux droits de la femme, déclare Farah. Les dernières élections présidentielles en disent long sur notre climat démocratique et la faзon de voir le futur des iraniens : beaucoup de gens ont délibérément voté pour le parti extrémiste dans l’espoir de provoquer l’intervention internationale en Iran. Un vote suicide en quelque sorte ! Cela n’est peut-être pas très étonnant dans un pays qui, il y a 25 ans, a connu les impasses d’une révolution, une longue guerre avec l’Irak et qui, aujourd’hui, dissout les initiatives individuelles et la cohésion collective. Sans compter les obstacles que nous rencontrons pour notre ouverture : interdiction de télé satellite, imperméabilité aux produits culturels étrangers, censure de sites internet... ".

Une vingtaine de groupes féministes sont aujourd’hui actifs en Iran selon Farah.

En savoir plus :
- Iran feminist tribune (perse et anglais)


Rencontre de Negin Kianfar - documentariste

Negin prete sa voix occasionnellement pour des films, séries et animations diffusées sur les ondes iraniennes. Elle est par ailleurs documentariste et souhaiterait réaliser un documentaire sur les femmes et la chirurgie esthétique en Iran. Elle précise que les femmes iraniennes, contraintes à porter le voile dans l’espace public conformément à la loi islamique, ont de plus en plus recours à la chirurgie faciale afin de mettre en valeur leur féminité. Elle étudie une piste de travail avec la BBC des Pays-Bas et voudrait à terme mettre en image les démarches positives faisant évoluer la société iranienne.


D’autres initiatives que nous n’avons pas eu le temps d’explorer
- le Forum social iranien (anglais - franзais - perse)








Téhéran - Iran, le 12 juillet 2005.








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