Ulac smae ulac : le combat citoyen continue en Kabylie !

Il n’a rien de moins qu’un David face à Goliath ce Mouvement citoyen des Aarchs en Algérie qui non seulement s’oppose depuis 2001 à la tyrannie de l’Etat algérien et propose également une série de revendications en faveur de la justice, de l’Etat de droit, et de l’avancée démocratique du pays. Tout cela avec l’adhésion des citoyens s’il vous plaît.


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Belaid à droite de l’image.

Belaid Abrika nous attend dans un café de Tizi-Ouzou avec une petite assemblée de camarades kabyles. Il est enseignant en sciences économiques à l’université de Tizi-Ouzou et est membre de la coordination générale du Mouvement Citoyen des Aarchs. La température peu généreuse du mois de janvier nous fait nous rassembler autour d’un thé vert chauffé à blanc, Belaid en face de nous, le reste des sympathisants nous entourant avec rire et curiosité.


Le mouvement est né dans la douleur des événements du printemps noir d’avril 2001 et d’une crise plus profonde en Kabylie : l’assassinat d’un jeune lycéen, Ghermah Massinissa dans l’enceinte d’une gendarmerie, l’enlèvement des collégiens d’Amizour, et la répression d’évènements contestataires par les forces de l’ordre algériennes agissant en mercenaires et qui ont fait des dizaines de victimes. Ce fût l’étincelle d’une protestation qui avait déjà grandi des pratiques machiavéliques de l’Etat algérien, du déni de l’identité amazigh et des difficultés économiques du pays. De là a pris forme notre mouvement avec une visée résolument pacifiste, mobilisatrice, populaire et transpartisane, soucieuse de son indépendance à l’égard des formations politiques et de l’Etat.


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La première réaction du mouvement a été d’élaborer un texte de revendication, la plate-forme de revendication d’El-Kseur. Il s’agit d’un texte qui a été élaboré de manière large et relativement consensuelle au sein de plusieurs régions (wilayas) correspondant à la région kabyle. Il rassemble les principales demandes que les citoyens ont souhaité exprimé à l’Etat en réparation des préjudices subis et des perspectives pour l’avenir. L’écriture de la plate-forme s’est achevée le 11 juin 2001 et a immédiatement été suivie par des marches sur Alger et en Kabylie le 14 juin. Elles ont mobilisé plus de 3 millions de personnes dont 500 000 en Kabylie ! Le chef de l’Etat a cru à un coup d’Etat et n’a pas hésité à réprimer les manifestations et à poursuivre ses tentatives de démantèlement du mouvement.


Vous verrez que les revendications de notre plate-forme comportent quatre dimensions :
- la réparation des préjudices causés par l’Etat aux citoyens kabyles
- l’exercice de la justice envers les décideurs et exécutants des crimes
- la promotion d’un Etat de droit respectant les identités nationales et la déclaration universelle des Droits de l’Homme et le principe démocratique d’exercice du pouvoir
- la promotion d’un développement socio-économique pour l’Algérie dont un plan d’urgence pour la région de la Kabylie et une réforme qualitative de l’éducation que nous jugeons trop endoctrinante et sclérosée.

Ces éléments sont des orientations, des directions à prendre. Dans le fond, ils touchent à ce qui est constituant dans la société algérienne, au contrat social, aux relations entre citoyens et différents corps sociaux. Les propositions peuvent être aussi très concrets et immédiats : nous demandons par exemple l’établissement d’une allocation chômage à hauteur de 50% du salaire moyen national et le départ des forces de police de Kabylie. En venant jusqu’ici, vous avez certainement remarqué qu’il y a moins de barrages policiers n’est-ce pas ??

Cette première étape du mouvement est son souffle fondateur et la plate-forme en constitue l’aboutissement. Elle a été suivie notamment du boycott des élections législatives en mai 2002 et des communales en octobre de la même année. Une centaine de nos délégués ont été arrêté durant cette période. Après une grève de la faim, un premier dialogue a été tenté avec l’Etat. Il a abouti à la libération des délégués et à un protocole d’accord peu ambitieux. L’Etat nous a par exemple proposé un référendum national pour soumettre l’inscription de la langue tamazight au rang de langue nationale et officielle. Il connaissait très bien le résultat. En avril 2004, nous avons boycotté les élections présidentielles en Kabylie.

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Le siège de la wilaya d’Alger situé sur le port de la capitale.

Une des originalités de notre mouvement réside certainement dans les principes éthiques et la structure du mouvement. Je vous disais que le Mouvement citoyen se devait d’être mobilisateur, transpartisan et garantir son indépendance vis à vis du pouvoir politique et ceci l’a conduit à mettre l’accent sur des priorités éthiques : un acte fondateur à savoir la plate-forme d’El-Kseur, l’affirmation du pluralisme idéologique, du caractère citoyen, de la recherche de consensus et l’horizontalité des relations. Ces priorités sont formulées au sein d’un code de l’honneur et des principes directeurs. Les délégués du mouvement élus au sein des quartiers et village, sont priés de refuser tout poste et toute relation avec les pouvoirs politiques et de se solidariser avec les citoyens qui font l’objet de menaces et d’intimidations. Ces délégués composent des coordinations régionales, les coordinations de wilaya et les coordinations inter-wilayas dont la fonction de présidence est tournante. Les coordinations peuvent prendre des initiatives de manière autonome. Elles sont tenues de concerter, d’unifier, de partager les démarches et débats qu’elles entreprennent avec les autres wilayas et la coordination générale du mouvement.

Le mouvement citoyen s’est par ailleurs élargi avec le Mouvement Citoyen du Sud en Algérie et nous trouvons des compagnons de lutte notamment avec l’association des Amis du mouvement citoyen en France et le Mouvement international pour la Paix.


Ulac Smaê Ulac ! Le combat continue !


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L’empreinte du mouvement citoyen en quittant la Kabylie par l’est algérien.

Quelques compléments :
- le site web du Mouvement citoyen des Aarchs
- le portrait de la fondation Friedrich Ebert et du Forum social algérien

- un extrait de la plate-forme de revendication d’El-Kseur

Chapitre IV - REVENDICATIONS SOCIO-ECONOMIQUES
10 ) - Contre les politiques de sous développement, de paupérisation et de clochardisation du peuple algérien.
12 ) - Pour un plan d’urgence socio-économique pour toute la région de Kabylie.
15 ) - Institution d’une allocation chômage pour tout demandeur d’emploi à hauteur 50%SNMG.

De larges pans de la société vivent aujourd’hui en dessous du seuil de la pauvreté, résultat de l’échec total des réformes successives initiées depuis l’indépendance et expérimentées à contre courant de toutes les aspirations citoyennes.
Le désespoir de la jeunesse, exaspérée, désenchantée, de par la faillite du système éducatif et de l’appareil économique, exacerbé par l’échec de tous les mythes entretenus à dessein pour servir des intérêts occultes, ont plongé des générations entières dans la désolation et dans la précarité, entraînant ainsi la destruction du tissu social et des valeurs universelles.
Des droits socio-économiques qui garantissent la préservation de la dignité humaine, une vie décente et digne pour tous les Algériens.
La refonte du système éducatif, résolument tournée vers la modernité, les valeurs universelles et républicaines, en substance, il faut revenir à l’enseignement des matières scientifiques dans la langue véhiculaire en vigueur, et bannir tout programme d’endoctrinement religieux.
Cette refonte doit intégrer une politique de formation professionnelle et d’insertion socioprofessionnelle durable en mesure de protéger cette catégorie, particulièrement vulnérable contre les fléaux sociaux.
La réhabilitation du citoyen algérien passe par la connaissance de son histoire millénaire et authentique. La consécration d’un état de droit exige la séparation des pouvoirs, et une indépendance de la justice qui garanti l’égalité des citoyens devant la loi, sans aucune distinction, en particulier l’égalité entre l’homme et la femme dans tous les domaines.
La relance économique capable d’ouvrir des horizons prometteurs pour la jeunesse doit répondre aux exigences des normes internationales tel que le week-end universel. Elle exige une juste répartition des richesses nationales orientée vers une politique économique créatrice de richesses et productive, assortie de mesures d’insertion telle la mise en place d’une allocation chômage et d’aide à la recherche de l’emploi à hauteur de 50% du SNMG.
La situation actuelle de la région appelle un plan socio-économique d’urgence.
Les perspectives de développement doivent être adaptées aux spécificités de la région, et privilégier les infrastructures de base jusque-là délaissées et lever les entraves bureaucratiques et introduire des instruments juridiques concrétisant les investissements productifs et créateurs d’emploi.
Un plan de développement régional efficient implique la mise en place de mesures incitatives performantes, une politique fiscale appropriée.
Après la satisfaction pleine et entière de la plate forme de revendications d’El-Kseur, la mise en œuvre des solutions doit avoir l’aval du mouvement des Aarchs, Daïras et Communes, partie prenante dans les applications.


Explicitation et adoption
Larbaa n at Yiraten le 31/10/2001








Tizi-Ouzou, Algérie, le 8 janvier 2005.






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