Marti Olivella

Marti est actuellement directeur du Centre pour l’Innovation Sociale. Il est impliqué dans la coordination de l’Alliance pour un monde responsable pluriel et solidaire.

Je pense que le souhait de m’impliquer dans ce que l’on pourrait appeler l’action collective remonte certainement à l’époque où j’ai dû comme tout le monde effectuer mon service militaire. J’avais opté pour l’objection de conscience. A cette époque, nous étions encore sous le régime de Franco, il était très mal vu de se proclamer objecteur et de refuser de porter les armes. Beaucoup de ceux qui avaient fait un choix identique au mien étaient emprisonnés dans le château de Figueiras un peu plus au nord d’ici. Alors, je me suis rapproché d’un groupe de soutien aux objecteurs de conscience.


Ce sont eux qui m’ont proposé de mettre mon objection de conscience au profit d’un service utile à la société locale. La première tentative en Espagne. Ils m’ont proposé d’effectuer ce premier service civil dans le quartier où j’habitais, un quartier populaire de Barcelone, où les services de base manquaient cruellement. Pendant 5 ans nous avons travaillé avec la population, toutes catégories confondues : les jeunes, les vieux, les hommes, les femmes et les quelques organisations de quartiers qui existaient.


Nous nous sommes engagés jour et nuit dans cette aventure. On organisait des réunions, on publiait des tracts, on démarchait les gens chez eux pour qu’ils se sentent mobilisés par ce qui se passait dans leur quartier. C’était juste après la mort de Franco et nous avons bénéficié d’un contexte favorable, le pays se posait beaucoup de questions pour la suite. Des portes mêmes étroites pouvaient s’ouvrir.


Je crois que cette expérience a été pour moi la plus enrichissante de cette partie de ma vie et révélatrice de mes engagements futurs dans la constrution des alternatives de changement. Pourquoi ? Parce que j’ai choisi de m’impliquer d’abord dans la contestation de la défense militaire avec l’objection de conscience, puis j’ai construit une alternative au travers du service civil. Il y a eu des moments forts : nous avons marché plusieurs fois vers le château de Figueiras pour demander la libération de nos camarades emprisonnés. Puis à notre tour, nous avons forcé notre arrestation. De là, nous avons rédigé une proposition de réforme de la constitution (alors en crise suite à la mort de Franco) pour modifier le service militaire obligatoire. Trente ans plus tard, il est aboli.


Dans le quartier où nous nous sommes investis, il y avait un besoin provenant d’un dysfonctionnement. C’est là que j’ai appris que l’on a le droit à la contestation, et surtout qu’on peut proposer des alternatives à partir du moment où l’on s’engage vraiment. J’y ai appris comment un petit groupe de personnes motivées (nous étions cinq) avec de bonnes idées peut réussir sous certaines circonstances à avoir une influence politique et sociale non-négligeable.


Douze ans après, fort de ce que j’avais tiré de l’oeuvre du sociologue Chalaux et du père Xirinacs, je décidais de me lancer dans l’organisation d’un forum visant à repenser la société dans sa globalité de manière participative et à générer des propositions de changement. Le Forum Catalan pour repenser la société a réuni plus d’une centaines de personnalités du pays, plus d’une centaine d’associations, environ 300 participants qui ont produit environ 400 propositions élaborées à partir de 12 forums thématiques et 4 forums transversaux. L’idée était de réflechir à tout ce nous ne voyions pas clairement aujourd’hui au-delà de la précipitation et de l’écran de l’actualité quotidienne. thèmes choisis : la communication et l’art, l’économie, l’éducation, l’expérience religieuse, les relations féminin-masculin, les relations interculturelles, la résolution des conflits, la santé, la société civile, la durabilité et l’environnement , les sytèmes sociaux. sujets transversaux : les expériences , les valeurs, les règles du jeu et les modèles d’organisation sociale.


Le projet, conduit sur 4 ans, a été bâti dans le cadre de l’association Ecoconcern. Il a été organisé par le Centre pour l’Innovation Sociale (CIS) et financé par la fondation Bofill, la fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme, les participants eux-mêmes et le Conseil de direction du CIS. L’initiative a nourri la préparation de l’Assemblée mondiale de citoyens de 2001, les travaux de l’Alliance pour un monde responsable pluriel et solidaire ainsi que celles du Forum Universel des Cultures prévu à Barcelone en 2004.


Il y a cette vision en amont qui consiste à se demander en quoi un autre monde est possible. Parce que si je sais en quoi cet autre monde est possible, alors je peux m’engager sur la voie du changement parce que j’ai la mesure de ce changement. Alors je peux risquer ma vie ou non pour essayer de changer les choses. Je vois quatre étapes dans la construction d’alternatives :
- la constatation et le refus d’une situation,
- la compréhension et le diagnostic du problème,
- la recherche de valeurs communes,
- la contruction de propositions alternatives crédibles.



Marti est actuellement directeur du Centre pour l’Innovation Sociale. Il est impliqué dans la coordination de l’Alliance pour un monde responsable pluriel et solidaire. Il consacre son action à la conception de processus alternatifs de participation, à la conception de processus de gestion pacifique des conflits, à la définition de modèles alernatifs de développement, et à l’introduction du développement durable dans la ville. Ces derniers temps Marti réfléchit avec le même groupe de personnes ressources qui le suit depuis son objection de conscience, à la mise en place d’un projet - Participa 21 - dont l’objectif et de réussir à coordonner et articuler les propositions avancées dans les forums, rencontres, débâts, organisés aux échelons, local, national, international pour que tous puissent bâtir une parole commune.

Pour en savoir un peu plus :
- Forum catalan pour repenser la société
Traversées - http://www.traversees.org
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