De Ushuaia a Cordoba : instants précieux et aimés

C’était sur la route à Ramon Castro, chez Ilsa, Jorge, en écrivant des histoires, lors de rencontres avec une équipe du ministère de l’éducation, avec des étudiants d’une université de Neuquen, ou pendant le mondial de football, avec une entreprise pétroliere de la Patagonie. Tous furent des instants précieux et aimés. Alors les voici compilés.

- Raconte-moi des histoires !
24 février 2006 - Buenos Aires.


Elles ont beaucoup trainé ces histoires dans les casques de Traversées. A croire qu’il fallait changer de continent et d’hémisphère pour que, une fois à l’envers, les idées puissent reprendre leur place. Donc les voilà !



- Honneur, évidemment comme toujours à ceux qui aiment, à ceux qui croient en l’amour et en ses vertus apaisantes et salvatrices en ces temps déchirés par les barbaries et les fondamentalismes de tout poil. L’histoire d’Eneris n’est que le reflet de celle de ces milliers de gens, déplacés, meurtris, détruits, anéantis qui malgré tout rêvent d’un ailleurs,
d’un meilleur.
- L’amour, la musique de nos vies ? Peut-être. Ecouter la musique que nous sommes, l’accepter pour mieux s’aimer et danser sa vie, c’est le joli jeu auquel est convié Léo pris dans les mailles d’un joli filet d’une jolie tangueras (danseuse de tango).
- La musique pour rêver tourner, communier, danser, fêter la vie, et qui sous couvert de petites corruptions et au nom de l’argent roi, se transforme en une hymne à la mort pour 193 jeunes et très jeunes d’un quartier défavorisé de Buenos Aires.
- L’occasion pour Léo, tombé dans un grand trou spatio-temporel, de régler quelques comptes avec le monde capitaliste, la monnaie toute puissante, nos responsabilités étouffés et l’absurdité d’un modèle de développement basé sur la surconsommation.



- Bonne fête travailleurs !! Après un clin d’oeil à la journée mondiale de la femme, nous voici avec des hommes et un joli exemple de défis à relever sur le plan des affaires publiques, de l’économie et du pétrole.
13 mai 2006 - Neuquen / Argentine.



Tous ces gars sont la cheville ouvrière de la société Géoservices en charge de l’exploitation d’un gisement pétrolifère à 10 km de Las Héras (ville de 15 000 habitants dans la province de Santa Cruz produisant 1/5 du pétrole argentin). Il y a quelques mois s’organisait une grève générale d’une bonne partie des travailleurs du pétrole, toute entreprise confondue, mais aujourd’hui, c’est la trève ! Nous sommes à la veille du 1er mai, et pendant que les pompes remplissent les barils, l’équipe s’est convertie à la cuisson et à la dégustation festive de l’asado, le barbecue traditionnel en Argentine, vraiment délicieux.

Le manager régional de Géoservices a des idées et veut donner du sens à l’entreprise : comment mieux déléguer les responsabilités, promouvoir davantage l’autogestion et le développement du potentiel humain ? Comment développer un knowledge management, améliorer la circulation des connaissances ? La démarche porte ses fruits et le présent barbecue y contribuera certainement.

Ok, mais regardons aussi ce qui se passe autour : le pétrole étant l’activité économique principale du lieu, la population est en brassage et en passage permanent avec le flux des échanges liés aux services pétroliers, les contraintes pour les travailleurs sont fortes (rotation des équipes nuit et jour, vie éloignée des familles, charges et salaires non ajustés après la crise économique de 2001 qui ont déclenché les grèves et des affrontements sérieux avec la police en début d’année), les comportements sociaux sont parfois extrêmes (suicide élevé des jeunes les années passées, violences conjugales), l’environnement est mal en point, les acteurs publics ont du mal à dialoguer et à dynamiser la vie locale... bref, le flot de dollars qui sort des puits chaque jour a apparemment du mal à se convertir en qualité de vie et à exprimer la richesse sociale qui existe pourtant ici.

Et si les entreprises pouvaient faire quelque chose en pensant leur responsabilité en proportion des activités qu’elles engendrent et en tirer des répercussions positives ?? Traversées explore cela avec eux...



- Democratización de la Universidad nacional de Comahue ! Ya !
22 mai 2006 - Neuquen / Argentine.


Les étudiants de Neuquen (250 000 habitants, 30 000 étudiants) pratiquent vraiment bien le haut-parleur. Les voici qui réclament plus de représentants dans les organes de direction de l’université et dénoncent le monopole du pouvoir académique à l’occasion de l’élection du nouveau et seul candidat au poste de recteur de cette université. Au moment des pauses, cogitations sur ce que devrait être l’université, son organisation et sa relation avec les pouvoirs économiques. Ce sujet récurrent est particulièrement sensible, pas seulement chez les étudiants, et provoque beaucoup de réactions dans les provinces argentines et sur Buenos Aires.
Plus d’infos bientôt...




- Coupeurs de route de Ramon Castro. .
26 mai 2006 - Province de Neuquen / Argentine.


Les habitants de Ramon Castro bloquent le trafic de la nationale 22 à la sortie de leur village, où le maire, paraît-il, n’en fait qu’à sa tête et qui plus est, ne fait que des âneries. Ils lui ont demandé de partir, et à défaut de couper court à son propre mandat électoral, la population a décidé de couper la route nationale. Depuis dix jours et en permanence, la nuit y compris, les tentes sont là, à côté, avec le feu de bois et le maté qui circule. La route est coupée pendant une heure puis les voyous laissent passer les véhicules. Juste le temps de faire connaissance, de rigoler un peu, et puisqu’il fait froid, de se réchauffer avec quelques notes de musique.



Etudiants français, vous avez gagné jusqu’ici !
3 juin 2006 - Cordoba / Argentine.



Sur les murs des salles de cours des universités, dans les cafés philos, sur les banderolles des manifs ouvrières, sur les écrans de télé, dans les journaux, dans les esprits, dans les coeurs, s’est gravée l’histoire des étudiants français militant contre le projet CPE. On en parle ici comme un succès de soulèvement populaire et comme modèle de contre-pouvoir face au démon néolibéraliste et à la privatisation de l’éducation. Comme quoi l’espoir et la responsabilité qui cavalent dans la rue en France, deviennent transatlantiques et arrivent via les réseaux et les canaux jusque sur les pavés d’Amérique latine. Les jeunes chiliens sont en ce moment en train de faire la même chose. Traversées s’intéresse à tout cela en participant aux discussions sur le forum social argentin, sur la réforme de la gouvernance et sur la promotion d’une éthique de responsabilité. A suivre...



- Ministère de l’Education, de la Science et de la Technologie - Secrétariat coopération et relations internationales
23 juin 2006 - Buenos Aires / Argentine.


- C’est ici qu’on fabrique les relations avec l’Union européenne, avec d’autres universités du Mercosur, qu’on coopère avec l’Observatoire international des réformes universitaires par exemple, et que l’on réfléchit en ce moment au projet de l’université argentine. La tendance est à la reconnexion de l’université à la société, au développement régional et la stratégie met l’accent sur quatre priorités : recherche de pertinence à l’égard de la société de connaissance et du développement local, amélioration qualitative des cursus et des conditions salariales, démocratisation, innovation. Un vrai challenge à certains égards, quand on connaît les jeux de pouvoir des recteurs au niveau local, la pratique critiquée de la "démocratie universitaire" qui a provoqué beaucoup de réactions étudiantes récemment. En tous cas, l’équipe, en majorité féminine, est extrêmement attentive, jeune, elle donne vraiment envie de revenir usiner dans les bureaux, sur lesquels, d’ailleurs, on trouve des documents de Morin, de l’UNDP et... également de Traversées ! Nous rendons spécialement hommage à Marina (en second à partir de la droite) qui vient de remporter le grand prix de la curiosité 2006 (gratification d’excellence décernée par Traversées).
Page web officielle : http://www.educacion.gov.ar



- Une occasion, une faute, une chanson et donc... football !
6 juillet 2006 - Cordoba / Argentine.


Les rues sont vides et désertes, les magasins fermés. Quasi tous les argentins et toutes les argentines ont les yeux braqués sur le poste de télévision. A Cordoba, les familles, les ouvriers, les jeunes, les commerçants vibrent sous le chapiteau municipal installé sur la place San Martin. Argentine - Mexique a commencé, un huitième de finale 100% Amérique du sud. Les commentateurs font monter la pression : "quelqu’un a dit que c’est Requelme qui mettrait le premier but, attention Requelme, Requelme.... manqué". S’il y a faute ou hors jeu sur un argentin, on entend "ooohhhh" ou "hijo de p...".
Enfin quand Maradona apparaît à l’écran en train de faire un tour de chant, c’est impressionnant, tout le monde ici reprend la même chose en coeur. Ecoutez... ca joue !!!



- Faire bouger, danser, chanter et former Mina Clavero !
18 juillet 2006 - Cordoba / Argentine.


- Une chaîne de télévision locale nommée (Trasvision), un espace culturel, le Centro cultural Sabato, et un centre d’investigation graphique et audiovisuel (Proa centro) ont vu le jour sur Mina Clavero, à une centaine de kilomètres de Cordoba, grâce aux désirs et aux idées citoyennes de Ilsa et Jorge. Tous deux bricoleurs d’image, en quête de relations, de sens et d’identité culturelle, les voilà maintenant employés à plein temps pour dénicher, faire parler les autres, les inviter et les faire se rencontrer. Nous avons aussi accepté l’invitation et nous voici à présent dans leurs parages en train de bricoler également des images et aussi de réaliser les bilans de nos deux ans et demi de vagabondage.


- En savoir plus -> http://www.descubriendocordoba.com.ar


- Sommet du Mercosur - dialogue avec la société civile
18-21 juillet 2006 - Cordoba / Argentine.

Ils sont courageux, c’est vrai. Pour la plupart, se déplacer jusqu’ici en plein milieu de l’Argentine, à Cordoba, pour participer au XXXème congrès du Mercosur en tant qu’acteur de la société civile, ça correspond à de l’argent qu’ils n’ont pas forcément, à des sacrifices individuels au nom du bien-être collectif, pour une autre Amérique Latine, un autre monde. Ils sont "alters", ils le revendiquent, ils veulent s’exprimer, participer, construire. Que du bon !!

Seulement voilà, au-delà de la tribune sociale du premier jour, l’essentiel se passe en d’autres lieux, là où le professionnel emboîte le pas à l’effervescence de la rue. Dans cet endroit loin du monde réel, abrités, protégés par les uniformes bleus de la police fédérale, là où l’accréditation est nécessaire, les entrées filtrées, au-delà des exposés, au-delà des prises de notes et des propositions, presque par enchantement, les relations changent et sont parfois distantes, lointaines, comme si pour changer le monde, pour de vrai, il fallait du sérieux, beaucoup et aussi de l’indifférence... professionelle. Pour le sérieux, on est plutôt d’accord, mais l’indifférence apparaît un peu de trop, un peu trop à l’image du type de relations qui existent dans nos sociétés développées, relations bien souvent basées sur l’expérience, les compétences, la légitimité, le pouvoir, pire sur l’apparence. Un "alter", en dehors de la rue, en dehors du forum, doit-il obligatoirement s’habiller des critères sociaux et des habitudes de fonctionnement du monde que nous espérons changer ? Dans ces espaces feutrés, et cela nous surprend, très peu parlent des changements nécessaires de nos formats de pensée, de nos formats d’agir, de nos formats d’être, ces habitudes qu’on a prises de s’éloigner de nous, de toiser les autres et de considérer le monde et notre destin planétaire comme une cerise qu’on rajoute quand on apporte les desserts, comme pour faire mieux, faire joli, faire "alter". Léo pourrait facilement prétendre que "prendre conscience de la dimension du changement qui nous constitue et s’y engager sans retenues, c’est déjà changer le monde". Démarche indispensable pour qui veut tirer le monde vers un meilleur, indispensable de revisiter notre propre fonctionnement, nos relations, une traversée de nous-même pour revenir vers nous-mêmes, et enfin, libéré de tout, construire avec les autres et bâtir le monde. Pour de vrai. Pour commencer, on pourrait peut-être penser à se considérer un peu plus, s’écouter, passer la parole à tout le monde, analyser de quelle façon on dialogue. Ici, au milieu de ce paysage qui se voudrait différent mais qui ne l’est pas, je me suis mis à rêver de réunions qui s’ouvriraient sur le comment on s’organise pour que tout le monde puisse s’exprimer, de sommet où les tenues seraient révélatrices de ce que je suis et d’où je viens, de pochettes de bienvenue qu’on ne t’offrirait plus avec des talons hauts et des mini-jupes, de mixité sociale où les accréditations ne seraient là que pour faire joli, de pic-nic géants sur un coin de pelouses, de café-philo improvisés et ouvert à tous, de conférences sur l’amour, sur les rêves ou encore les passions. Tres viajeros soñadores, solidarios y curiosos ?


- ¿Tres viajeros soñadores, curiosos y solidarios ? 2 août 2006 - Chilecito / Argentina.

Angie, Francisco y Cruz se escaparon de Buenos Aires por 5 meses de viaje a bordo de su Mercedes 4 cilindros con la idea de hacer conocer las necesidades de las escuelas rurales a lo largo de la famosa ruta 40 en Argentina. Su lema es Argentina nuestro camino con la idea de ayudar a estas escuelas a traves de la fundacion Ruta 40. Visitas a las escuelas, charlas con los docentes y los niños, cada noche en el micro, admirar el paisaje fue el sueño de muchos años que han logrado concretar.

Angie, Francisco et Cruz s’évadent a leur maniere pour 5 mois de voyage a bord d’un Mercedes 4 cylindres et avec l’idee de rendre compte a la fondation Routa 40, des besoins des écoles rurales situées en bordure de la cordillere des Andes. Leur parcours : Ushuaia - La Quiaca. Le bus et le but sont ambitieux et portent le nom de la route : Argentina nuestro camino !









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