Si nombreux métiers de la Chine

Un quart des humains se trouvent en Chine. Le chinois est la langue la plus parlée au monde, la Chine est le premier pays pour sa croissance économique, pour l’ouverture aux capitaux étrangers, également le premier pour sa population, le 3ème pour sa superficie. Tout y est grand et composé d’un milliard de petites choses dont ces multiples métiers, si nombreux, si méticuleux.


Ils sont certainement les métiers les plus visibles quand on se ballade en Chine. Peut-être sont-ils aussi les métiers les plus nombreux au monde ? Toujours est-il que leur revenu mensuel s’annonce léger, très très léger dans ce pays où le coût de la vie est certes peu élevé mais où les inégalités et la guerre économique vont montantes.

Que nous disent les chiffres ? La Chine enregistre la plus forte croissance économique depuis deux décennies avec un revenu par habitant multiplié par 3 en terme de pouvoir d’achat. 17% de sa population vit avec moins de 1 dollar par jour et 47% avec moins de deux dollars par jour, ce qui nous fait lourdement deux tiers des gens en deçà du seuil de pauvreté monétaire (selon le Rapport mondial sur le développement humain - PNUD 2005). Son développement humain est en hausse constante. Mais les écarts sont étonnants : 20% des plus pauvres détiennent 4,7% du revenu national. 20% des plus riches en détiennent 50% (PNUD 2005). D’une région à l’autre : le niveau de développement humain de la région de Shanghai est au même rang que le Portugal, alors que la province de Guizhou vaut celui de la Namibie (125ème rang mondial pour le développement humain ; 85ème rang pour l’ensemble de la Chine, PNUD 2005).
Les chefs d’entreprise mènent parait-il un management au colier. Travailler est rare, précieux, vital, capital. La pression est forte. Alors tout le monde bosse, c’est impressionnant. Ca se voit dans la rue. Cela n’empêche pas à tous ces citoyens qui travaillent durement, de sourire et de rire facilement.

Pour en savoir plus :
- le rapport sur le développement humain 2005 du PNUD 2005.

Voyons voir en image...



Il est très calme, même sur la route (c’est assez impressionnant, les iraniens n’y comprendraient rien !), il bosse en moyenne douze heures par jour, il fait route la journée ou la nuit avec tout type de personne, il a la chance d’avoir 4 000 yuans par mois (400 euros), il est chauffeur de taxi à Shanghai.






Accueillant, serein malgré l’activité ahurissante qui règne dans ce lieu, il veille au moindre détail qui viendrait à manquer pour ses clients, il bosse tous les jours, 12 heures par jour, il n’a pas de sécurité sociale, si la gourmandise des pékinois se porte bien, il pourra émarger 700 yuans par mois (70 euros). Il est serveur dans un restaurant à Pékin.






Il pédale, porte, transporte, emmène, emporte sur de courtes distances, parfois des cailloux, parfois des bouts de bois, des chèvres, des chambres à air, parfois des enfants qui vont à l’école. Il est tout le temps dehors. A-t-il un salaire ?? Il est vélo-convoyeur dans une petite ville du centre de la Chine.






Elle parle anglais, le chinois bien sûr, souriante, elle pose des questions, elle pourrait vendre ou faire acheter n’importe quoi, elle voudrait travailler en Europe là où ça paye bien, elle peut récolter 1 500 yuans par mois, tout dépend de l’humeur du patron du magasin. Elle est vendeuse dans une boutique de souvenirs et d’artisanat chinois à Gangzhou dans le sud de la Chine.






Il lui faut 5 épaisseurs de vêtement pour résister au froid sec de l’hiver, il a aménagé un bus abandonné dans le centre-ville de cette petite bourgade à 300 km au nord de Pékin, son activité s’exerce dehors, y compris quand il fait -15°c, il fait cuire du pigeon, du chien, du mouton, du porc, du boeuf, servis avec de la bière, il peut peut-être gagner 500 yuans (50 euros) par mois. Il est cuisinier à son compte.






Il loge dans un petit cagibi, il voit tout ce qui se passe dans la rue devant son bâtiment, son métier est très à la mode en Chine, il travaille la nuit, le jour, il vit avec 600 (60 euros) yuans par mois, il aide les uns et les autres à choisir une place de parking, il est beaucoup plus occupé à demander des nouvelles et à discuter avec les gens qu’à effectuer sa vraie fonction. Il est agent de sécurité pour un grand hôtel à Shanghai.






Elles sont très jeunes, ont quitté les campagnes du sud de la Chine pour trouver du travail dans une grande ville, ici à Guangzhou, officiellement, elles ont toujours quelque chose à faire, on dirait une brigade militaire quand toute l’équipe se réunit avec le boss tant elles sont rangées et ordonnées. Elles adorent rire, on leur dit de ficher la paix aux clients mais c’est plus fort qu’elle il faut qu’elles causent, elles vivent avec 1 000 yuans par mois (100 euros). Elles sont demoiselles de chambre dans un hôtel.






Il est hyper-accueillant, semble hyper-content, il doit organiser la maintenance d’environ deux cents ordinateurs, déroger à la règle quand on lui demande de connecter une clé USB dont le branchement sur un poste est interdit, il dit deux mots d’anglais, si honoré d’accueillir un étranger dans son quotidien. Ses machines travaillent 24 heures sur 24, Iui bosse douze heures par jour et vit avec avec 1 500 yuans par mois (150 euros). Il est informaticien dans un cyber-centre d’un quartier universitaire de Pékin.






Il s’asseoit par terre, sobre, silencieux, il peut marcher dans la pénombre sans difficultés, il vit avec la lune, le soleil, la pluie et le vent, il accepte volontiers un petit carré de chocolat - il n’acceptera jamais la tablette entière, vit dans un petit village éloigné qui borde une route nationale avec 3 000 yuans par an. Il fait pousser le maïs, le blé, le sorgho. Il est paysan.






Il est perdu au milieu du désert du Taklamakam à l’ouest de la Chine, vit à la bohémienne sur les routes fraîchement goudronnées de cette partie du pays, artiste et équilibriste sans le savoir, il peint des chiffres tous les kilomètres pour que d’autres ne soient pas égarés. Il est ouvrier des travaux publics.






Elle vend des clopes, des vivres et des babioles jusqu’à 3h du matin, la plupart du temps elle a les yeux braqués sur la télé, à moitié endormie le soir, elle propose au besoin différents services tels que le guidage pour trouver une rue, le téléphone, le prêt d’une de ses chaises pour se reposer cinq minutes. Son sourire déborde trois fois plus quand un étranger lui demande trois fois rien. Elle rend la monnaie encore plus vite qu’une boulangère, elle est épicière.






Il est poète mais il s’en fout, le plus important c’est qu’il pourra conserver ses fleurs pendant des années et réussir à les vendre parce qu’elles sont toutes en plastique. Comme le pollen, il passe sa journée à gambader dans les rues de la ville pour remplir les chaumières et les devantures de nouvelles couleurs. Il vit de fleurs et d’eau chaude, vous avez deviné. Il est fleuriste ambulant.






Elle flippe parce qu’elle doit apprendre tout un tas de choses qui peut-être ne lui serviront sans doute jamais, elle parle un peu anglais, elle veut faire de la finance internationale parce que c’est un truc qui marche bien paraît-il, elle voudrait avoir plus de temps pour elle, elle adore la musique romantique de Pang Long, maîtrise totalement la messagerie SMS de son portable, elle doit verser 6 000 yuans chaque année à son université, elle produit de nombreuses richesses que la société chinoise ignore car elle ne gagne pas un sous. Elle est étudiante.






Il est très calme, sa charmante assistante est absorbée par la lecture d’un magazine qui n’a rien du tout de scientifique, son bureau est très simple et lumineux, il répare, panse, suture, conseille, il suffit de 6 yuans à ses patients pour pouvoir être rassuré sur leur santé en une simple visite, il vit avec 2 000 yuans par mois. ll est toubib dans un hôpital militaire.






Il revient de ses 8 jours de vacances annuelles passés avec sa famille à l’occasion du nouvel an chinois, offre bière et biscuits allègrement autour de lui dans le train, très sociable, discute avec tout le monde, gentleman, il lit et relit comme s’il apprenait par cœur les lignes de son bouquin intitulé « Money and you ». L’ouvrage pourrait être un essai psychanalytique sur Ie rapport de l’homo chinus à l’argent, il n’en est rien. C’est un mode d’emploi pour gagner plus d’argent. Il est informaticien.






C’est un bon vivant, cultivé, voyageur, il aime la liberté, a une haute idée de l’enseignement, c’est pourquoi il a décidé de démissionner de son métier d’enseignant. Il est maintenant son propre employeur, passe un temps conséquent à perdre son temps avec les gens qui passe dans sa boutique pour acheter du thé, on peut poursuivre la conversation le soir dans le resto de son copain à quelques li de là (1 kilomètres = 2 li). Il fait partie des 84 000 membres du parti démocratique Zhong Guo Min Zhu Cu Gin Hui (Association chinoise pour la promotion de la démocratie), minoritaire mais non moins officiel en Chine.






Courtois, posé, simple, il ne fait pas de zèle, ne semble pas abuser de son pouvoir, il accompagne son camarade officier dans ce train qui va de Shanghai à Pékin, propose d’aider les voyageurs à transporter les bagages trop pesants. Son salaire est de l’ordre de 3 000 yuans par mois, il est trop courtois pour être officier, pourtant il bel et bien policier.






Dieu que la vie est cruelle pour cette petite fille qui galope de salle d’attente en salle d’attente dans la gare de Shanghaï, elle s’appelle Hong Fin, elle demande des pièces en hochant la tête, mais les gens préfèrent regarder le défilé de haute-couture retransmis sur le grand écran de télé derrière elle. Elle, elle s’en fiche, elle fait la manche.






Ils sont trois mousquetaires, néo-chevaliers des temps modernes, un troisième type de convoyeur, le froid sec ne les effraie pas, au contraire, plus c’est sec, plus la marchandise sera précieuse, ils convoient leurs biens sur une distance maximum de 50 kilomètres. Ils vivent avec si peu, ils sont mystérieux comme des sorciers. Qui sont-ils ?? Des magiciens.











Pékin - Chine, le 6 février 2006.












Mots-clés

Aire géo-culturelle: Chine
Catégorie d’acteur: Commerçant ou artisan - Employé ou ouvrier - Enseignant et universitaire - Fonctionnaire
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