Meetings in Ankara

Turquie. Escale dans la capitale Ankara. Après quelques recherches, des coïncidences parfois, nous avons ouvert quelques portes permettant de comprendre, depuis l’angle de la société civile, la machinerie sociale de la Turquie . Voici notre carnet de bord de cette quinzaine de jours passés dans les bras de la capitale ( english - français).




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Türkiye ve Orta Dogu Forumu Vakfi
> fondation pour le forum de la Turquie et du Moyen-Orient (aussi appelée communément Özgür Üniversite - Université libre - the Forum Turkey and Middle East Foundation

- rencontre de son fondateur Fikret Baskaya

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Créée en 1995 par le sociologue-économiste Fikret Baskaya, le forum est un lieu indépendant d’échange et de diffusion des connaissances sur les alternatives au modèle de développement néo-libéral. Il s’est constitué à partir du constat de l’impasse actuelle du modèle de développement et de l’autocratie politique et démocratique de la Turquie. Le forum envisage de :
> ouvrir une brèche idéologique alternative au néo-libéralisme, > promouvoir la liberté d’expression et sensibiliser les universitaires, les étudiants et le grand public sur ces thèmes et des questions de société, > diffuser et échanger les connaissances grâce à des séminaires, conférences, interventions d’universitaires, édition d’ouvrages, d’un périodique et du site web http://www.ozguruniversite.org .
L’équipe d’intellectuels et d’universitaires mobilisée sur l’initiative cherche à développer des partenariats à l’étranger notamment en terme de co-édition et de traduction d’ouvrages. Fikret est sensible à l’idée de créer un réseau ouvert et multidisciplinaire en Turquie centré sur les thèmes du forum.
Partenariats actuels notamment avec le Forum du Tiers-monde.


Et aussi :
> voir l’interview filmée de Fikret (en français)
> le site web de l’Alliance des éditeurs indépendants
> le site web du Forum du Tiers Monde



Mazlumder
> Organisation pour les Droits de l’Homme et la Solidarité envers les personnes Opprimées - Organization of Human rights and Solidarity for Opressed people

- rencontre de Summeye Nur Erken - étudiante et volontaire de l’association

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Constatant le non-respect fréquent des droits de l’homme et la détresse des personnes en situation de minorités en Turquie, l’association Mazlumder se propose de façon indépendante, depuis 1991, d’apporter une aide à ceux dont les droits ont été violés et plus largement ceux faisant l’objet de toute sorte de discriminations. Elle travaille fréquemment avec les réfugiés politiques, immigrés et les personnes victimes de violence politique ou idéologique (torture, terrorisme).
Présente sur l’ensemble du territoire turc à travers 20 bureaux rassemblant près de 2000 membres actifs, l’association combine animation de programme, veille, formation, plaidoyer et action médiatique. Son activité majeure consiste à identifier les faits de discriminations des personnes, définir les procédures pertinentes pour stopper les discriminations et les rendre visible auprès des autorités et du public. Elle anime notamment un programme de formation des imams (personnalités religieuses) soutenu par l’Union européenne, des conférences, séminaires et manifestations publiques. L’organisation peut être amenée par ailleurs à collecter et redistribuer des fonds pour les victimes de discriminations.
Summeye souligne l’absence de politique publique de lutte contre l’exclusion en Turquie.
De nombreux acteurs oeuvrent sur les droits de l’homme et les discriminations sont présents en Turquie et travaillent en lien avec Mazlumder. Citons par exemple l’Association des Droits de l’Homme, the Human Rights foundation of Turkey, Amnesty International (UK), Human rights Watch (DK), International Federation of Human Rights Leagues (FR).
Une plate-forme nationale rassemblant les organisations de défense et de promotion des droits de l’homme est à l’état de projet.


Et aussi :
> le site web de Mazlumder



Insan Haklari Dernegi
> Association pour la Promotion des Droits de l’homme - Human Rights Association

- rencontre de Yusuf Alatas - avocat et président de l’association

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Second pilier oeuvrant pour le respect des droits en Turquie, fondée en 1986 et représentée par différents bureaux dans les principales villes du pays, l’association pour la Promotion des Droits de l’Homme met en avant le déficit de culture démocratique de la Turquie et la difficulté du dialogue avec l’administration. "De temps en temps, nous rencontrons des représentats de l’Etat, la rencontre se passe bien mais les retombées sont systématiquement inexistantes. Nous devons notamment cela à notre histoire et notre approche militaire de la politique" . Une amélioration s’est faite sentir il y a 5 ans après la rencontre d’Helsinski et le mandat du premier ministre Ecevit précise Yusuf.
L’association traite notamment les cas d’exercice abusif de la justice et consacre une grande partie de son activité à repérer et rendre visible les discriminations.

Yusuf est très favorable à la construction d’une plate-forme associant les acteurs des droits de l’homme et également l’Helsinski Citizen’s Assembly d’Istanbul.


Et aussi :
> le site web de l’Association pour la Promotion des Droits de l’Homme
> le site web de Helsinski Citizen’s Assembly



Insan Haklari Vakfi
> Fondation pour les droits de l’homme - Human Rights Foundation

- rencontre de l’équipe animant le centre de documentation

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Escale rapide dans les coulisses du centre de documentation de la fondation. Une des principales missions de la fondation est de capitaliser et de diffuser les informations relatives aux droits de l’homme via l’édition d’un bulletin électronique quotidien, de bilans trimestriels et annuels.

Difficile d’après eux de passer des organisations de défense des droits à des mouvements de promotion d’une culture de paix et de respect des droits de l’homme.

Et aussi :
> la revue quotidienne des discriminations et faits en matière de droits de l’homme 2005 (format PDF - 560 Ko - anglais ) -> télécharger
> le site web de la fondation




Kader
> the Association for Supporting and Training Women Candidates in Politic - Association pour le soutien et la formation des femmes candidates en politique

- rencontre de Silma Acuner - membre fondatrice de Kader, membre d’un parti politique, enseignante à l’université d’Ankara (politiques européennes, conditions socio-économiques des femmes), membre d’une commission européenne spécialisée sur la condition des femmes.


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Créée en 1997 à Ankara, Kader se donne pour ambition d’appuyer l’implication des femmes au sein des instances de décision et notamment dans le milieu politique en Turquie (le Parlement turc actuel comporte 4% de femmes alors que le milieu universitaire est féminisée à 40%) à travers formation, lobbying, veille citoyenne et animation. L’association sensibilise les partis politiques sur la participation des femmes et les invite à le formaliser dans leur agenda politique. En 1999, avec le programme MEDA de l’Union Européenne, Kader a contribué à former près de 300 femmes à l’ingénierie de projet. Elle est à l’initiative de la plate-forme de réforme du code pénal qui a permis de modifier récemment 29 amendements sur 31 propositions élaborées dans le cadre de la plate-forme qui a mobilisé une cinquantaine d’organisations.

Les mouvements féminins sont montés en puissance dans les années 1980 en Turquie. Selma pointe la difficulté du montage de dossiers européens et la relation assistant-assisté souvent amené par la coopération européenne et des Ong. Elle pointe par ailleurs la grande disparités de la condition féminine en terme de salaires, d’accès aux biens publics (éducation ,eau, santé) dans un pays donc 15% de sa population vit en-dessous du seuil de pauvreté (seuil des pays développés : moins de 7 dollars par jour).
Devant la difficile indépendance des acteurs de la société civile turque, Selma insiste sur l’importance de l’autonomie éthique et financière. Elle précise que Kader est très attentive à son autonomie et qu’elle a été naturellement portée à travailler avec l’Union européenne, les Nations-Unies, les coopérations danoise et suédoise. Son rêve : la création d’une plate-forme sous-régionale des organisations de promotion de la femme et la création d’un Gender Institut en Turquie !

Et aussi :
> le site web de Kader



Antikapitalist
> Mouvement Anticapilatiste

- rencontre avec Sertug Cicek - membre fondateur du mouvement

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Né en 1999, un petit groupe de militants sensible au mouvement de contestation mondiale qui s’exprime à partir du sommet de Seattle, décide de s’engager plus franchement dans l’opposition à l’impérialisme libéral et se constitue en mouvement informel, avec pour sobriquet Antikapitalist . L’alternative au néolibéralisme imaginée par Antikapitalist serait de stopper le modèle actuel et de construire un collectivisme basé sur un nouvel équilibre entre l’individuel et le collectif. Le mouvement a participé depuis sa création au contre-sommet du G8 de Genève et aux différents fora sociaux européens de Florence, Saint-Denis, prochainement d’Athènes en 2006 et au forum social mondial de 2004 à Mumbaï. Participant à Mumbaï, Sertug s’est efforcé au retour de restituer les échanges du forum social en Turquie par des réunions et la publication d’articles.
Le mouvement mobilise aujourd’hui une centaine de personnes et édite un journal mensuel.

Les mouvements Global peace and justice coalition, No war in Irak s’inscrivent également parmi les mouvements contestataires en Turquie.

Et aussi :
> le site web du mouvement
> Memoria viva : la mémoire virtuelle des fora sociaux



Forum social d’Istanbul
> Istanbul Social Forum

- rencontre avec Ersin Tek - étudiant en journalisme à l’université d’Ankara, membre d’un parti politique de gauche et de Global Peace and Justice Coalition


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En 2002, une équipe de militant tente sur Istanbul d’organiser un forum social et lance un appel à participation invitant individus et organisations à fonder un forum social en Turquie. Mais le sentiment d’être pris à parti pour former une nouvelle coalition, la résistance de certains nationalistes et les divergences d’opinions ne donneront pas une suite favorable au projet. Pourtant sur Ankara, avec ses 20 ans, Ersin y croit. Avec une l’équipe de volontaires qui souhaite relancer l’affaire sur Istanbul, il contribue à préparer l’organisation d’un forum social sur Ankara. Le prochain forum social européen d’Athènes en 2006 représente un moment très important pour l’émergence d’un forum en Turquie. Ersin précise que la nouvelle génération "d’activiste" turque est fortement préoccupée par les questions mondiales et sensible à l’idée d’un forum social. "Pour nous, il n’y aura pas de changement en Turquie dans changer le monde" annonce Ersin. A 15 ans, il écrivait déjà des textes d’analyse sur le trotskysme et quand on voit les grigris qu’il porte sur lui en signe de solidarité à l’égard des palestiniens et de la communauté kurde, on ne peut que le croire sur parole !

Parallèllement, Ersin est web-développeur et s’investit dans une association de promotion de l’informatique libre (Linux Kullanicilar Dernegi - Linux users association http://www.lkd.org.tr ).




Demokratic Sol Parti
> Democratic Left Parti - Parti démocratique de gauche

- rencontre de Mercan Sigdem - enseignante dans un Centre de formation à l’informatique à Istanbul, membre active du parti, ancienne participante à une délégation du Conseil de l’Europe travaillant sur l’exclusion sociale

Il y a 3-4 ans, avant le départ de son parti de l’échiquier politique turc, Mercan était la plus jeune membre d’une délégation rattachée au Conseil de l’Europe en charge des questions d’exclusion sociale. 49 pays au total participaient aux discussions sur ce thème (les pays membres et l’ensemble des pays observateurs de l’Union dont la Turquie), une aubaine pour elle d’apprendre sur le phénomène d’exclusion et les réponses apportées par les différents pays. La position d’observateur de la Turquie lui permet de bénéficier des échanges d’expériences du Conseil, d’élaborer des recommandations politiques et d’obtenir en fonction des cas l’appui du Conseil de l’Europe pour faire aboutir ces recommandations transmises au gouvernement. C’est le cas par exemple du projet de revenu minimum d’insertion et d’un certain nombre de mesure portant sur la sécurité sociale.

Mercan précise que l’intégration de la Turquie est souhaitée par la majorité des turcs qui y voit plus une occasion de progrès du confort matériel que l’opportunité de construire un projet démocratique et une culture de paix. Elle évoque le décalage croissant entre la formation des étudiants et la demande des entreprises et la nécessité de réformer le système éducatif turc en faveur d’une éducation citoyenne capable de mieux concilier la diversité des identités (près d’une quinzaine de communautés en Turquie) et l’unité nationale et internationale.


Et aussi :
> le portail web du Conseil de l’Europe
> pour en savoir plus sur la Turquie avec Wikipédia




Des initiatives que nous n’avons pas eu le temps de décortiquer :
- Egitim Sen Kapatilamaz - un syndicat d’enseignants revendicant un certain nombre de réformes de l’éducation
- Gagdas Kadin ve Gerclili Vakfi (the foundation for Contemporany Women and Youth)
- Botas Genel Müdürlügü (chantier de construction d’un pipeline reliant la Mer Caspienne à la Méditerranée et développant un projet de développement durable avec les communautés locales) -> site web







Erzurum - Turquie orientale, le 16 juillet 2005.






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