L’éveil des consciences de Ali Masi Okoko

Ali Masi Okoko arrive de Kinshasa pour donner un coup de main à la mise en oeuvre d’un programme de vaccination de l’UNICEF au Niger. En parlant justement de vaccination, il avait insisté sur la nécessité, pour faire changer les comportements en matière en santé, de composer avec les cultures et d’agir sur les consciences par l’éducation et le savoir. Visite de son idéal.




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« Le rôle de l’éducation est primordial d’après moi en Afrique, parce que c’est le moyen de changer les consciences. L’Afrique, comme ses continents voisins en ont particulièrement besoin !
Les écarts de richesse matérielle entre le Nord et le Sud creusent un fossé qui font grandir l’insécurité et l’incompréhension tant entre les êtres qu’entre les institutions et les corps sociaux. Bien qu’il y ait suffisamment de ressources sur la planète pour tout le monde, nous sommes dans l’incapacité de les partager équitablement. Gandhi le disait : « Nous avons assez de ressources sur la planète pour satisfaire le besoin de tous, mais nous n’en aurons jamais assez pour assouvir le désir de chacun ». Plus nous réduirons les inégalités, plus ce monde deviendra humain. Je crois que c’est en prenant conscience de cela que l’on pourra changer les choses. Et il faut prendre conscience de sa possibilité d’agir sur soi, sur les autres et sur le monde pour prétendre changer quelque chose. D’où l’importance de l’éducation d’après moi.

Au Niger, il y a quelque chose comme 80% d’analphabètes (82,9% selon le rapport 2004 du développement humain du Programme des Nations-Unies pour le Développement ; le taux d’alphabétisation des jeunes de 15-25 ans est de 24,5% alors que les dépenses pour l’éducation représentent 24% des dépenses publiques au Niger, un chiffre curieusement très élevé). L’action que nous menons dans le domaine de la santé nous montre que l’on parvient à générer des changements d’habitudes et de comportements significatifs lorsque les gens sont alphabétisés et instruits. Tout simplement parce que l’on entre ainsi plus facilement dans les consciences et que celles-ci deviennent plus aptes à la communication. Cela nous montre qu’en étant éduqué, on est simultanément plus apte à changer et à s’adapter à une nouvelle situation.

Je pense qu’au delà de ça, il faut croire au développement de la personne. N’y a-t-il pas un mythe de l’épanouissement de l’être et donc de la société à forger ? J’ai personnellement cet idéal et je regrette que nos dirigeants politiques ne l’aient plus. Tout être est en capacité de s’épanouir en fonction d’un environnement qui freine ou qui facilite son devenir. L’éducation en est un moteur.
Il nous faudrait une éducation qui permette, non pas d’aborder des connaissances détachées de leur contexte avec des concepts isolés, mais de relier l’homme à la société, à la nature et à sa propre nature.

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Trois problèmes se posent pour moi devant ce changement dans beaucoup de pays d’Afrique : le système éducatif colonial livré « avec l’emballage » de l’extérieur, qui a des qualités, certes, mais qui est à présent en retard sur la réalité sociale ; le manque de recherche universitaire et de diffusion des savoirs (environ 15 chercheurs pour un million d’habitants au Niger contre 2700 pour un million en France) et le défaut de projection à long terme c’est-à-dire la capacité d’anticiper l’avenir. On remplace trop souvent une bougie dans le moteur d’une voiture quand elle vient de griller, mais jamais en devançant la panne définitive ! La conscience du futur stimule la conscience du présent qui encourage l’engagement pour le futur... et ainsi de suite. Il faut donner à chacun et à la société la capacité de se projeter sur le long terme. Encore une fois, cela passe à mon sens par l’éveil de la conscience.

Alors comment déclencher l’éveil des esprits et de l’intelligence pour changer l’éducation qui changera les consciences ? Les bonnes volontés ne manquent pas il me semble ! Je crois vraiment qu’il faut rapprocher les êtres humains, faire fi des préjugés, des a-priori, essayer de se comprendre, de se sentir habitant d’un même village planétaire.

Mon rêve c’est tout cela ! Et aussi que mes enfants réussissent leurs études. J’aspire également à me reposer car l’horloge de la cinquantaine a sonné ! Après avoir beaucoup travaillé, je voudrais prendre le temps de prendre le temps !! ».


Ali Masi Okoko est professeur à l’école de santé publique de Kinshasa en République Démocratique du Congo et consultant pour l’UNICEF. Il est impliqué dans l’Association des Jeunes Universitaires pour le Changement qui entreprend notamment de faire des propositions de réforme de l’enseignement au gouvernement congolais.



Quelques compléments :
- le site web de l’Observatoire international des réformes universitaires (ORUS) .






Niamey - Niger, le 27 octobre 2004




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