Khoumour Almahdy : un touareg dans la ville

De la bouillie chaude préparée avec du lait en poudre, du mil et un peu de piment bien sûr pour dégourdir mes intestins. Puis un peu d’eau fraîche et du thé vert. C’est ce que je mange le soir venu pour rompre le jeûne du ramadan. Ensuite je fais ma prière : trois inclinaisons et le message est envoyé chez le grand vizir !!


Je reviens ensuite travailler, si l’on peut dire, à ma boutique et je rentre pour me coucher. Je me lève à quatre heures du matin. Je mange aussitôt de la bouillie de mil avec du riz au lait. C’est ma tactique alimentaire pendant le ramadan ! Après je vais prier. Tu vois la lune là-bas ? Si nous la voyons demain matin, nous saurons que la fin du ramadan et la fête auront lieu le lendemain. J’ai un peu faim présentement mais vas-y assied-toi. Continuons à causer !


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Voici venu la fête du Ramadan. Alors Monsieur Rhoumour Almahady, on a choisi son plus beau costume n’est-ce pas ?

Mon rêve c’est de retourner vivre en nomade avec ma famille, revenir vers mes sources. Le nomadisme, c’est une vraie liberté. Tu choisis ta vie. Il faut simplement avoir un troupeau et vivre dans le désert. Avec du lait de chamelles, du riz et de l’eau. Avoir un troupeau d’une cinquantaine de chamelles, quelques moutons, une tente. Et voilà. De nombreux nomades viennent en ville à cause des difficultés qu’ils rencontrent pour vivre dans la brousse. Pour pouvoir y retourner, il me faudrait accumuler un minimum de capital pour acheter un troupeau et puis hop...direction la brousse !

Tu as vu que nous sommes en pleine célébration du ramadan en ce moment ?! J’ai toujours été fidèle et assidu au ramadan depuis l’âge de 17 ans. Je suis né à 35 kilomètres à l’Est d’Arlit, à Takriza. Mes parents étaient des nomades touaregs. Mon père vit toujours. J’ai grandi avec mon oncle à Agadez où je suis allé à l’école, au collège puis au lycée. J’ai poursuivi ensuite sur Niamey avec l’Institut Pédagogique de Développement Rural. J’ai travaillé pour le service de volontariat néerlandais (SNV) où j’étais agent de banque céréalière. A partir des années 1990, le volontariat néerlandais a fermé en raison de la rébellion touareg et je me suis engagé pendant deux ans dans le Front de Libération de l’Aïr. J’ai voyagé en Algérie puis en Lybie de 1994 à 1998. De retour sur Agadez, j’ai participé à la création de l’agence de voyage Oasis Tour. Puis j’ai été animateur dans le service de coopération allemande, la GTZ, pendant deux ans. C’était mon dernier boulot avant d’ouvrir cette magnifique boutique comme tu le vois. J’ai voulu essayer le commerce. Je vends du riz, de l’huile, du sucre,des sardines, du thé, des cigarettes. Nous sommes juste à coté du marché de l’Est d’Agadez et je crois que je suis bien situé n’est-ce pas ?

Tiens voilà Najoun ! As-salam alay koum Najoun ! Comment vas-tu ? Lui c’est Najoun, c’est un ami et un truand. Il s’amuse trop. Hein Najoun ?!!

Mais je lui pardonne. Je suis très patient avec mes amis. Je suis comme ça !
Bon et puis en fait, la ville ne me convient pas trop ! Ici, il faut avoir un logement, louer quelque chose, tu as des factures d’eau et d’électricité, il faut s’approvisionner en nourriture. Est-ce que tu vois ?

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Quand tu es en brousse, un sac de riz et du lait ça te suffit. En ville, je sens que je ne peux pas vraiment respecter mes traditions, pratiquer comme je le voudrais ma religion. J’ai des tas d’amis ici mais pas ma famille qui se trouve dans mon village. Nous avons d’ailleurs créé une Ong nommée Tanafout pour venir en soutien aux populations nomades. Je crois que c’est la ville qui a dénaturé les traditions, les comportements, les mentalités. Tu vois ? Soit dit en passant, je regrette que nos dirigeants politiques soient plus compétents en matière d’impunité et de corruption que dans l’exercice de leur véritable responsabilité. La décentralisation est une bonne chose, mais il faudrait renouveler les principes d’une véritable démocratie parallèlement.


Reviens me voir dans cinq ans et nous ferons un tour en brousse avec mes chamelles ! D’accord ??



Agadez - Niger, le 18 novembre 2004





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