Demat ! Je m’appelle Seydou Traoré et je vis en France

Le jeune Seydou se présente devant nous comme une vedette, avec brio et beaucoup de fierté. « Je m’appelle Seydou. J’ai 9 ans. Le nom de famille que l’on m’a donné au Mali, c’est Traoré. ». Adopté par Cathie, le métissage des coeurs a pris depuis longtemps : Seydou vit depuis 8 ans en France. Il nous offre son bouillonnant d’africain et sa curiosité de tricolore.



Seydou, tu sembles avoir un prénom africain ! Tu vis en France. Quelle est ton histoire ?

Je suis arrivé dans une famille française, parce que j’ai été abandonné dans une rue à Bamako. Il paraît que l’on m’a retrouvé un peu à l’écart de la ville. Quand je suis arrivé à la pouponnière d’enfants, on m’a donné un nouveau nom, celui de quelqu’un qui existait déjà : Seydou Traoré. Bien sûr, on a pas le droit d’abandonner les enfants ici en Afrique. J’aimerais bien connaître ma famille ! Mais si je ne peux pas, tant pis ! C’est comme ça.


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Je suis arrivé en France à l’âge de quatorze mois. C’est l’âge où j’ai été adopté. Ma mère adoptive s’appelle Cathie Laurent. Nous habitons en Bretagne à Toullouarnec. Cela signifie « trou du petit renard » en breton. Je parle un peu la langue bretonne. C’est un tout petit village de campagne. Il est très joli et se trouve à côté de la ville de Rosporden. A l’école, je suis en CM2. Je me plais bien là-bas. J’aime bien dormir ! Non, je plaisante ! En fait, je ne dors jamais avant 11h du soir ! J’aime bien ramasser les champignons pour les faire cuire dans la poêle. J’aime bien faire la soupe aussi. J’ai pas mal d’amis dans mon village et à l’école.

Je suis en vacances en ce moment au Mali. Je suis content de revenir ici parce que c’est mon pays d’origine. Je rêve de faire un tour en pirogue sur le fleuve Niger et de voir les hippopotames. Si on va dans le pays Dogon, on pourra le faire. Je peux discuter facilement avec les enfants maliens. Certains me disent que je parle très bien français !


Que rêves-tu de devenir et qu’est-ce que tu espères pour tes proches et le monde qui t’entoure ?


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Je voudrais devenir conducteur d’avion. Je n’arrête pas de faire des petits avions en papier. J’aime bien les avions. J’aime bien tout ce qui roule ou qui vole parce que ça avance et j’adore le mouvement. D’ailleurs, j’aime bien la danse bretonne, mais je serai incapable de faire de la danse classique. Dans l’avion quand on est venu, les nuages allaient dans l’autre sens et j’ai cru que l’on reculait !


Pour les gens que j’aime bien, j’espère qu’ils auront une bonne vie. Pour moi, ça veut dire envie de vivre. Si on a pas envie de vivre, je me demande comment on peut être heureux. Comme je ne suis pas un médicament, je ne sais pas si je pourrais aider les autres à avoir envie de vivre. Pour l’instant je ne sais pas faire. Mais j’aimerais bien donner aux autres l’envie de vivre. J’ai envie de parler avec les autres aussi parce que je sais que cela fait plaisir.


J’espère que notre planète ne va pas disparaître ! Je voudrais qu’elle soit moins polluée. Parce que j’ai vu qu’elle était polluée à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Je voudrais que les gens soient en paix, que l’Irak, la Côte d’Ivoire et l’Amérique soient en paix. La paix ça veut dire que l’on soit tous copains y compris les états et les pays. Pour cela, il faut se connaître et partager les choses. Les gros pays pourraient donner davantage aux riches. Ils pourraient donner de l’argent par exemple et en échange, les pays pauvres pourraient donner du pétrole. Les pays pauvres sont riches en nature, de fruits. C’est ça qu’ils pourraient offrir aussi.


Les gens au Mali sourient tout le temps. Mais un sourire, je crois que ça ne se donne pas. Enfin si peut-être !? Les gens d’ici pourraient rendre le monde plus gai. Les habitants de la France sont gais. En Afrique, ils sont encore plus gais !


Kenavo (au revoir en breton) !


Compléments :

- l’interview filmée de Seydou (format WMV - 50 sec) -> télécharger






Poème sur l’adoption - Oeuvre d’un poète philippin anonyme adaptée par Hugo Lebrun

Il était une fois deux femmes qui ne s’étaient jamais rencontrées
L’une dont tu ne te souviens pas, l’autre que tu appelles « maman »
Deux vies différentes dans l’accomplissement d’une seule, la tienne
L’une fût ta bonne étoile, l’autre est ton soleil

La première te donna la vie, la seconde t’apprit comment la vivre
La première créa en toi le besoin d’amour, la seconde fût là pour le combler
L’une te donna tes racines, l’autre t’offrit son nom
La première te transmit tes dons, la seconde te proposa un but

L’une fit naître en toi l’émotion, l’autre calma tes angoisses
L’une reçut ton premier sourire, l’autre sécha tes larmes
L’une t’offrit en adoption, c’est tout ce qu’elle pouvait faire pour toi
L’autre pour avoir un enfant et Dieu l’amena vers toi

Et maintenant quand en pleurant tu me poses l’éternelle question
Héritage naturel ou éducation, de qui suis-je le fruit ?
Ni de l’un, ni de l’autre, mon enfant
Tout simplement de deux formes différentes de l’amour.



Cathie Laurent, la mère adoptive de Seydou est éducatrice pour jeunes enfants. Elle a participé activement à la création et l’animation de crèches parentales en Bretagne de 1990 à 1992. Elle a travaillé ensuite dans une coopérative de produits alimentaires biologiques à Brest et effectué un voyage en Equateur pour contribuer à l’éducation des jeunes enfants dans le secteur humanitaire.

Depuis l’âge de 18 ans, son rêve était d’adopter un enfant. Une fille, un garçon, de n’importe quelle couleur mais « venant d’ailleurs » affirme-t-elle. L’adoption de Seydou s’est faite en trois ans et demi, depuis l’obtention de l’agrément et la prise en charge de Seydou dans une pouponnière à Bamako au Mali. Elle a tenu, au cours d’un premier séjour à Bamako, à se rendre directement au Mali pour rencontrer les enfants, comprendre leur culture et construire progressivement une relation avec eux. Cinq mois après cette première visite, elle s’installait en Bretagne avec Seydou.




Bamako, le 18 juillet 2004



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