Mbagnick : un provincial exilé à Dakar

Mbagnick Nguer est guide pour homme blanc dans les rues de Dakar. Il gagne sa vie en accompagnant les visiteurs européens cherchant leur route dans la capitale. Il mise sur leur bonne volonté pour lui gratifier le service rendu. Mbagnick paraît beaucoup plus loyal que les autres aficionados du porte-monnaie qui foncent sur tout ce qui est blanc.


Tu veux bien être mon ami ? demande-t-il.
Mbagnick a 26 ans et habite dans la médina de Dakar. Célibataire, né à Kaoloack à environ 100 km au sud-est de Dakar, il s’est exilé à Dakar depuis deux ans pour tenter de trouver ce qu’il n’a pas pu obtenir dans sa ville natale : du travail. Il dit être un homme aux douze métiers. Sa spécialité : la plomberie. Il a entre autres été journalier sur les chantiers de travaux publics, ouvrier au port de pêche de Dakar, électricien, footballeur (qui ne l’est pas au Sénégal !). Il est amateur d’informatique. Préférant parier sur un avenir meilleur, il a décidé d’arrêter son travail d’ouvrier sur les chantiers quand il a compris qu’il était payé tous les six mois. On peut le comprendre.

Si j’en avais les moyens, je quitterais d’emblée le Sénégal pour me rendre en France. Je sais qu’il y a du travail là-bas. J’ai des cousins éloignés qui sont sur Blois. Mon père est décédé très tôt et j’essaye d’aider ma mère avec ma soeur qui est à l’université de Dakar.

Il s’exprime humblement avec un air amusé et sans jamais exprimer de paroles culpabilisantes ou plaintives. Dans sa poche, sa carte d’identité et une feuille blanche minutieusement emballée sur laquelle il a noté les adresses d’amis français rencontrés sur Dakar. Le dernier en date s’appelle Julien, un jeune français qui a même essayé de l’aider à s’extraire du Sénégal en lui rédigeant une invitation pour venir en France. Le document bien sûr ne suffira pas.

J’aimerais bien créer un cybercafé. Je connais bien l’informatique, j’aide certains européens ici à trouver du matériel. Il me faudrait pour cela suffisamment d’argent pour pouvoir me lancer, mais c’est bien là le problème : où trouver l’argent nécessaire ? Il n’y a pas d’agence pour l’emploi ici. Pourtant, l’argent n’est pas l’essentiel. Je voudrais fonder une famille, c’est ça qui pour moi est important.




Dakar - Sénégal, le 21 juin 2004




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