Fasinpat : una fabrica sin patron !

Cinq jours sur sept et depuis quinze ans, Pedro va travailler chez Zanon, la plus importante fabrique de céramique d’Argentine installée dans la zone industrielle de la ville de Neuquen à l’époque de la dictature militaire. La province est riche, il y en a malgré tout qui ont très faim. Suite à la crise de 2001 en Argentine, les propriétaires de l’usine s’en vont et les ouvriers se mettent à fonctionner en auto-gestion - resumen en castellano.

- Resumen en castellano
Cinco dias de siete y desde quinze años, Pedro va a trabajar en la empresa Zanon, la mas importante fabrica de ceramica de Argentina instalada en la zona industrial de la ciudad de Neuquen durante el periodo de la dictatura militar. Aunque la provincia es rica, hay gente que tiene hambre. Después de la crisis de 2001 en Argentina, los proprietarios de la fabrica se escapan y los obreros continuan el funcionamiento de la empresa en autogéstion.


Pedro fait son va et vient journalier habituel, alterne temps choisi et temps de travail, un aller d’un côté, un retour de l’autre. Cinq, deux, cinq, deux, cinq, deux....




L’entreprise lui donne la responsabilité de veiller au contrôle qualité des lignes de production 10 à 15. L’ambiance est plutôt bonne, chacun suit sa ligne de production. On sait bien que le grand patron s’en met plein les poches et qu’il était copain avec les militaires. Le week-end, il est dans sa famille et avec ses amis. Il n’aime pas trop le silence, préfère causer, entendre, questionner, blaguer. Il a pris ses distances avec le syndicat qui court davantage après les complaisances patronales qu’après les intérêts ouvriers.



- Cinq + deux + cinq + deux + cinq + deux ....................
C’est mécanique et mathématique.

Et soudain grand silence. La société italienne décide de licencier tout le personnel de l’usine suite à une difficulté financière liée à une instabilité économique du pays. 475 salariés à la porte. Pas d’alternative, ni de reclassement. 475 licenciés, expropriables, c’est légal et économique.

Seulement voilà, les 475 ouvriers argentins licenciés deviennent enragés et l’aventure devient fantastique.
Pedro avec tous ses camarades de cinq deux et de trois huit font le piquet, occupent l’usine, refusent l’expropriation du personnel et la confiscation de l’usine. Impossible de déloger 475 bonhommes qui occupent pacifiquement le lieu vingt quatre heures sur vingt quatre et commencent à réfléchir avec un juriste pour poursuivre la production et trouver des failles légales à la liquidation de l’usine. Des amis des syndicats pétroliers, un économiste de Buenos Aires donnent un coup de main, l’université de Neuquen, les radios, ainsi que des camarades européens espagnols et italiens. Peut être que l’on peut continuer sans patron ?


- Un + deux + trois + quatre + cinq + six + sept + huit + neuf + dix................

L’entreprise n’a plus le droit d’utiliser la marque Zanon. Puisque les patrons sont partis, nous n’avons qu’à la rebaptiser Fasinpat : Fabrica sin patron. Les gars créent une commission composée de coordinateurs de chaque secteur de production. La commission rassemble les données et prend les décisions. Au sein de chaque ligne de production, les équipes étudient les machines qu’il faut éliminer ou conserver. Ils sont 350 à bosser avec une nouvelle responsabilité : trouver le meilleur moyen de garder ce boulot et de nourrir les familles et les enfants, la sienne mais aussi celles des autres, celle des copains des barrios de Neuquen où l’on habite sous des tôles et du nylon.

- Un.... trois..... neuf..... vingt sept........ quatre-vingt un......

Montée en puissance. La boutique tourne. Les premières plaques de céramique sortent de l’usine et arrivent chez les clients. Pedro coordonne une équipe de trente personnes, écoute les idées, passent du temps avec ceux qui craquent. Ca fuse. Il passe dix heures dans l’usine, il y reste parfois la nuit, ne compte plus le temps qui passe mais les choses qui avancent. Il se propose d’assurer les relations avec la presse et les contacts extérieurs vu qu’il aime causer. Les ouvriers de Fasinpat trouvent leur force dans la solidarité de la communauté et dans le nom des ouvriers disparus durant la dictature. En tournant à 15% de son potentiel, elle peut juste équilibrer son fonctionnement et organise déjà des dons aux hôpitaux, aux cantines, aux écoles. Les ouvriers ont le même salaire mensuel. Tiens une idée : on peut montrer que l’on peut embaucher sans subventions une centaine de chômeurs et intégrer des handicapés à condition qu’ils consentent à réduire leur solde. Faisons un site internet, intéressons nous aux problèmes des autres travailleurs de l’industrie, aux étudiants, aux jeunes que l’on peut inviter à découvrir l’usine.


- Un + un = trois + trois = dix + dix = trente...............

L’usine avec ses lignes de production s’est transformée en chaîne de multiplication et a inventé de nouvelles relations entre travailleurs et avec la communauté. Elle prétend même être plus que ça : elle est le projet du peuple et son aventure a marqué profondément les représentations de la région. On peut la visiter, lui donner un coup de main, faire acte de solidarité, apporter une suggestion, y dormir. Elle est allée se montrer au forum social mondial au Brésil en 2003, tous les syndicats la connaissent. Elle a mis ses 475 ouvriers et Pedro en nouvelle équation :


- Toi plus moi, plus vous égale en fait beaucoup plus que nous.

L’expérience est prophétique.




Cette mini-histoire est inspirée de l’expérience de l’usine Zanon installée à Neuquen en Argentine. Les faits ont été largement simplifié, le personnage est inventé mais le fond du récit est vrai. L’usine a effectivement été en liquidation à partir de 2001 et continué son activité jusqu’à maintenant grâce à la mobilisation de la communauté ouvrière et de solidarités locales et internationales sans l’appui des pouvoirs publics. D’autres expériences ont lieu en Argentine depuis la crise de 2001 et constituent en quelque sorte un mouvement d’entreprises autogérées.

Pour continuer :
- site web de Fasinpat animé par Christian
- sélection d’articles sur le site du Réseau d’information et de solidarité avec l’Amérique latine (RISAL) -> voir
- Mouvement argentin des entreprises récupérées -> voir
- Initiative pour la responsabilité des cadres -> voir
- Réseau latino américain d’économie sociale et solidaire -> voir
- Institut argentin pour la responsabilité sociale des entreprises -> voir



Quelques photos marquant l’histoire de Fasinpat, généreusement offertes par l’équipe Communication de l’usine.


















Neuquen - Argentine. Le 17 mai 2006.





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Aire géo-culturelle: Amérique du Sud
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