" Amertumes " and hopes of two Iranian women

Amertumes et espoirs de deux iraniennes

Vivre sur deux étages. C’est ce que font tous les iraniens avec plus ou moins de réussite, de casse, d’espoir, de sens et de résistance. Sauf que la résistance, la déviance, la créativité, l’essai-erreur, bref le revers de la liberté, ne sont pas vraiment les bienvenus. Les choix, les perspectives et l’horizon de la vie sont limités. Farnaz et Shiva, deux copines d’entre trente et quarante, témoignent (english - french).



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La vie des citoyens iraniens est à deux étages. Le premier, bien visible, c’est la rue, la vie publique, régulée et contrôlée dans les comportements comme dans l’habillage par le système politique du pays. Au deuxième étage, plutôt un sous-sol puisque peu visible et dissimulé, ce sont les lieux, les temps et la vie privés. On y fait ce que l’on ne fait pas au grand jour, les fêtes entre amis, les excès d’alcool, les films et la variété musicale du monde entier via le satellite, les amours clandestins. En douce, bien sûr, et si jamais la police débarque, on règlera le litige à l’amiable en glissant quelques ryals dans la poche de l’officier. La séparation imposée entre les deux étages n’est certainement pas la plus commode à vivre. D’autant plus quand la demande de liberté, d’approfondissement de soi, de participation à la vie collective et sociale est importante et singulièrement bouillonnante dans ce pays. C’est du moins ce que nous avons pu sentir en traversant le pays d’ouest en est. Depuis Tabriz jusqu’à Mashhad, impossible de poser le pieds dans une ville ou un village sans créer un attroupement de gentils bonhommes voulant fournir leur aide ou carrément accompagner, ou bien le soir d’être discrètement invité à dîner par la cadette d’une famille habitant à proximité et d’être questionné systématiquement : "Que penses-tu de l’Iran ? Comment trouves-tu les iraniens ? ". Après tout, pourquoi pas ? On peut certainement s’y retrouver dans ce décor. La preuve, beaucoup d’iraniens sont fiers de leur pays. Tous vivent avec plus ou moins de réussite, de casse, d’espoir, de sens et de résistance. Sauf que la résistance, la déviance, la créativité, l’essai-erreur, bref le revers de la liberté, ne sont pas vraiment les bienvenus, et le décalage, vécu comme une injonction contradictoire est difficile à intérioriser et peut être source de souffrance. L’effet et l’excès de gravité du premier étage, le manque de concorde entre les deux niveaux sont lourds de charge et de conséquences sur les individus. Ils réduisent les choix, les perspectives et l’intensité de la vie. Farnaz et Shiva, deux copines d’entre trente et quarante, témoignent.

"Quand tu as la possibilité de croire en quelque chose, tu as de l’espoir et il est nécessaire de pouvoir toucher cet espoir. Personnellement, je ne crois plus au changement dans ce pays et je n’ai plus d’espoir. A l’époque de la Révolution islamique en 1979, comme d’autres, j’ai cru dans le changement et je m’investissais dans la lutte collective. Finalement les choses n’ont fait qu’empirer. Il me semble qu’il y a beaucoup d’incompréhensions dans les relations familiales qui sont en train d’évoluer malgré tout entre les anciennes et les nouvelles générations. Ma mère a toujours voulu que je fasse la même chose qu’elle par exemple. La prise de risque est difficile ici : les gens ont peur de perdre leur sécurité, ils ont besoin d’être poussés pour oser et par manque d’alternatives, ils se sclérosent et se referment. Autre exemple, dans un couple, une femme qui n’est pas heureuse, qui a conscience de sa situation, attendra le soutien de quelqu’un d’autre pour oser se séparer. Je me demande où est passé la moralité, les valeurs et l’esprit de résistance des gens. Il y a tant de discours vides et d’idéaux désertés. Les enseignants peu payés ont souvent un deuxième gagne-pain et négligent leur première vocation. Même les artistes, qui ont en théorie une liberté et une responsabilité dans les épreuves culturelles et politiques, produisent des oeuvres par intérêt et par prestige. Les jeunes prennent énormément modèle sur l’extérieur alors que le meilleur vient de l’intérieur. J’essaye de changer les choses autour de moi, à travers mes relations inter-pesonnelles en cherchant à être plus compréhensive, plus solidaire. Mais je continue à rencontrer beaucoup d’incompréhensions.
Aujourd’hui, je ne vois pas de futur pour l’Iran !
Alors, j’écris. J’écris pour montrer ce que les gens perdent dans cette bataille, pour révéler les torsions intérieures que l’on subit inexorablement. J’écris pour raconter des histoires qui mettent cela en évidence. J’espère à terme pouvoir vivre de ce travail et réunir des artistes autour de l’idée que l’on peut changer les choses avec l’art ! " - Farnaz.


"Dans mon cas, il y a un peu de la même chose. j’ai du mal à m’imaginer rester vivre ici. Je suis restée ici longtemps malgré que ma famille soit partie vivre aux Etats-Unis et je pense qu’à présent ma vie est ailleurs. Connaissant les pays étrangers et la liberté qu’accorde l’Iran à ses citoyens, j’opte plutôt pour aller m’épanouir dans un autre endroit. Je crois que le changement est possible mais je ne crois pas qu’il adviendra dans ma vie, cela prendra des années et des années. D’autre part, je ne sens pas le désir partagé de faire progresser notre société. Je reste ici encore un peu jusqu’à ce que je ne puisse plus vraiment tolérer." - Shiva.










Téhéran - Iran, le 12 août 2005.









Mots-clés

Aire géo-culturelle: Moyen-Orient
Catégorie d’acteur: Femme
Itinéraire de vie: Décalage ressenti avec les réalités - Réaction face à une injustice
Traversées - http://www.traversees.org
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