Vous avez dit forum social ?

Les fora sociaux ont le vent en poupe et profitent des remous provoqués par leur grand frère brésilien de Porto Alegre qui devrait d’ailleurs déménager en 2007 sur le continent africain. Au-delà de l’effet boule de neige, c’est une nouvelle donne de la gouvernance que les mouvements sociaux ont impulsée et qui continue à s’inventer au Togo et au Bénin.
Le premier né de la famille, le forum social mondial, a vu le jour à Porto Alegre au Brésil en 2001 et a constitué le premier espace de rencontre inventé par la société civile au niveau mondial, à l’écart du contrôle des gouvernements, des mouvements, des partis et d’autres institutions nationales ou internationales pouvant se disputer le pouvoir politique. Les éditions du forum s’enchaînent depuis lors chaque année en faisant des petits sur toute la planète. Chacun y donne à voir ses propositions, ses luttes - sans qu’aucune d’entre elles ne soit considérée plus importante que les autres et sans que personne ne puisse imposer ses idées ou son rythme aux autres -, y échange son expérience, y apprend et se nourrit de la connaissance d’autres luttes, d’autres espoirs et propositions, approfondit son analyse sur les questions qui se posent dans son domaine d’action tout en s’articulant au niveau national et, surtout, au niveau planétaire. Autrement dit, gagner en efficacité et avancer dans un travail de transformation sociale en affirmant qu’un autre monde est non seulement possible mais nécessaire et urgent : un monde recentré sur les finalités humaines, respectueux de la nature dont l’avenir n’est pas dicté par les seuls lois et intérêts du capital.


Les rencontres passées de Aminata Traoré au Mali, fondatrice du Forum pour un autre Mali, de l’équipe du Jubilé 2000 Mali impliquée dans le Forum des peuples de Kita, de Miniane Diouf, secrétaire du Forum social sénégalais et de Taoufik Ben Abdallah secrétaire du Forum social africain nous avaient donné l’occasion d’y voir plus clair dans les fora sociaux en Afrique et de voir les liens avec le forum social mondial. Le Niger, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Maroc sont aussi aujourd’hui engagés dans l’organisation de fora sociaux.



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Dix jours après être entré au nord du Togo, Séverin Assoum, journaliste à la Télévision Togolaise (TVT), fondateur du Réseau International des Communications pour le Développement (RICOD) nous encourageait vivement à organiser un témoignage sur les expériences des fora sociaux et sur l’Assemblée mondiale de citoyens. « Nous avons besoin cruellement de débat public ici. Il y a un engourdissement des citoyens qui manquent de réseaux d’informations leur apportant des données crédibles sur leur environnement politique et social. Notre régime politique est officiellement démocratique mais d’obédience militaire ! La population subit d’ailleurs la dissidence de ses dirigeants puisque le défaut d’exercice d’une véritable démocratie a conduit la Banque mondiale et l’Union européenne à appliquer ses conditions de soutien et finalement à suspendre depuis 1992 la majorité de ses fonds d’aide au développement » annonçait Séverim.


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Atelier du 29 septembre 2004 organisé à Lomé
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Séverin Assoum, journaliste et présenteur du JT à la télévision togolaise

Trois jours plus tard, Séverin et Kodjo Joachim Messan du Groupe d’Etudes et de Réflexion sur la Démocratie et le Développement Social (GERDDES) avaient concocté un rendez-vous associant la Fédération des Organisations Non-Gouvernementales du Togo (FONGTO), l’Union des Organisations Non-Gouvernementales du Togo (UONGTO), une psycho-sociologue de l’université de Lomé impliqué dans le rameau de Jessé, le Réseau Interafricain d’Etudes sur la Violence et d’Education pour la Paix et les Ong : SCOPE et AE3EMD. L’idée étant de mettre sur la table le projet d’un forum social au Togo en s’appuyant sur les expériences voisines et sur celle de l’Assemblée mondiale de citoyens.

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Kodjo Joachim Messan à l’université de Lomé au Togo

1.Panorama de l’Assemblée mondiale de citoyens et des fora sociaux - points clés abordés


- L’Assemblée mondiale de citoyens s’inscrit dans un processus, l’Alliance pour un monde responsable pluriel et solidaire, d’élaboration de diagnostics et de propositions pour conduire les grands changements sociaux à venir.
- elle a tenté de réunir la diversité socio-professionnelle et géo-culturelle de la société mondiale (nombre de participants par grande région du monde proportionnel à leur démographie, présence de tous les types d’acteurs par régions du monde : jeunes, femmes, cadres, dirigeants, élus, leaders paysans, pêcheurs, ong, fonctionnaires...etc).
- l’assemblée a duré 8 jours sur Lille en France et a invité 400 participants ; les frais de vie et de déplacement des participants ont été pris en charge par la fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme.
- elle a proposé trois séries d’atelier de travail selon une méthode pensée sur trois temps :

  • réunion par milieu socio-professionnels pour identifier les priorités de changement à partir de chaque contexte
  • définition de 17 axes de changement prioritaires et réunion des participants par affinités autour de ces thématiques pour échanger les expériencces et formuler des propositions de changement.
  • réunion des participants par ensemble géoculturel pour élaborer des stratégies et des plans d’action locaux et enrichir le contenu de la Charte des responsabilités humaines.



2. Les fora sociaux mondiaux et africains - points clés

- le forum social mondial a été crée par un groupe de fondateurs ; ses principes fondamentaux d’organisation sont réunis dans une Charte de principes que chaque forum social régional peut s’approprier (la charte est en ligne sur le site web du forum social mondial).
- les fora sociaux permettent aux mouvements et aux acteurs de la société civile de partager leurs expériences, d’élaborer une vision et une parole commune enracinées dans l’action locale et leur permettant de formuler des revendications et de se mobiliser autour de défis communs.
- les autorités, pouvoirs publics et partis politiques sont invités à assister aux débats mais sont mis à l’écart de l’organisation ; les médias sont fortement associés.
- ils conjuguent différents types d’activité : ateliers, spectacles, manifestations, conférences, forum électronique, conférence de presse...etc
- les défis rencontrés dans chaque forum (d’après les témoignages recueillis par Traversées) sont de structurer les informations et les échanges, d’en conserver la mémoire, d’assurer la continuité de forme et des travaux une année après l’autre et de pouvoir rassembler la diversité de la société (en terme de milieux et de provenance géographique).
- certains fora régionaux peuvent combiner des réunions périodiques étalées dans le temps et dans plusieurs lieux et un temps fort de rencontres sur quelques jours ; ils ajustent leur calendrier par rapport au forum social mondial qui a lieu en début d’année.
- la restitution des débats du forum social mondial au niveau local par les participants sénégalais a fortement incité d’autres acteurs à se mobiliser.


> Réactions et suggestions exprimées


- Kodjo Joachim ayant participé à l’Assemblée mondiale de citoyens souligne la façon efficace d’identifier les défis et de trouver des débuts de solutions de manière transparente.
- la difficulté au Togo de mettre en route un projet comme celui-là car il peut être perçu non seulement comme un contre-pouvoir mais aussi comme une contre-attaque ; « la maladie de notre pays, c’est qu’il y a plusieurs sommets et pour arriver jusqu’à celui-là c’est difficile (...) il est possible d’organiser les restitutions parce que nous sommes une coordination d’Ong (...)
- souhait de bien clarifier les choses, de se mettre dans la continuité de Lille et de regarder ce qui se passe en local.
- la société civile a tendance à politiser les choses ; les togolais doivent réussir à se mettre ensemble autour de ce forum et changer leur façon de voir.
- « il y a de très bonnes volontés en prévision pour ce projet ; c’est à nous de savoir drainer les autres ; il faut amener les gens à adhérer progressivement à l’action ; nous sommes capables de faire quelque chose sur le plan social ».
- la nécessité d’organiser le débat public au Togo et de former une alternative. « le togolais est devenu un être mutant, il vit difficilement, mais il vit. Les problèmes de financement sont difficiles. »
- définir d’abord de manière restreinte le contenu du forum puis faire une proposition sur son format ; mettre en débat cette première esquisse auprès d’un cercle d’acteurs plus large ; il s’agit d’abord de discuter ensemble et de voir la faisabilité de la mise en place d’un forum social. (exemple cité du NEPAD qui ne propose aucun débat public). nécessité d’avoir des contacts avec d’autres expériences ; travailler avec le forum social africain, le forum pour un autre Mali et le forum social mondial ; contacter pour cela les organisateurs.



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Gustave Assah du réseau Glegbenu sur Cotonou au Bénin

Dix jours plus tard au Bénin, à l’initiative de Gustave Assah du réseau Glegbenu, un second rendez-vous plus bref cette fois-ci invite le Groupe de Recherche et d’Appui pour l’Agriculture et le Développement (GRAPAD), le réseau africain Dialogues sur la Gouvernance, l’ong Elan et un journaliste de la radio nationale du Bénin autour des mêmes questions.




> Compléments et suggestions exprimées après avoir présenté rapidement l’Assemblée mondiale de citoyens et quelques éléments sur les fora sociaux


- Elan retrace l’expérience de l’opération « Touche pas à ma constitution » : l’expérience a montré une très forte mobilisation populaire pour contrer une décision politique de réforme de la constitution béninoise et se poursuit avec - l’organisation de débats publics suivis par les médias.
- les participants sont demandeurs pour se former à la méthode de thesaurus cartographique utilisée au forum social mondial et à l’Assemblée mondiale de citoyens ; l’outil permet la structuration et la mise en relation des idées exprimées lors des débats.
- la Plate-forme des acteurs de la société civile du Bénin (PASCIB) regroupant 600 ong pourrait servir de cadre à l’animation du forum.
- ceux qui ont participé au forum social mondial précisent les difficultés de savoir qui fait quoi dans l’organisation du forum, qui représente qui et quelle dynamique ; il est constaté que ce sont souvent les mêmes acteurs qui participent au forum mondial et que la diversité sociale n’est pas représentée.
- il sera nécessaire de poursuivre la discussion sur la faisabilité du forum avec les mêmes personnes et d’avoir les contacts des organisateurs des autres fora sociaux africains.



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A Cotonou, autour de la méthode de thesaurus cartographique...

Quelques compléments :

- les portraits des fora sociaux africain et sénégalais avec Miniane Diouf et Taoufik Ben Abdallah
- le portrait d’Aminata Traoré comprenant un très bref aperçu du Forum pour un autre Mali
- le site web du Forum social mondial
- le site web de l’Assemblée mondiale de Citoyens
- le site web consacré à la méthode de thesaurus cartographique
- « D’une coalition anti-globalisation à une alliance pour une autre mondialisation » - article de la fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme (format PDF - 120 Ko) -> télécharger
- « Les mutations de l’Etat-Nation face à la globalisation » - note de travail de la fondation Charles Léopold Mayer (format PDF - 120 Ko) -> télécharger




Cotonou - Bénin, le 10 octobre 2004.





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