Coopération Nord-Pas de Calais au Mali

Ce n’est pas tous les jours que l’on peut avoir la chance de pousser un double-cocorico ! Nous voici avec des amis d’une région française bien connus de Traversées, des haut-techniciens de la coopération, des acrobates de la décentralisation, des génies du montage de dossier... je vous demande de découvrir à présent l’équipe de l’antenne du Conseil régional Nord-Pas de Calais en compagnie de Ibrahima Konake ! Cocorico !




Dommage ! Vous n’aurez malheureusement pas la chance d’admirer les visages de cette équipe, finalement plus malienne que française si l’on s’en tient aux couleurs des visages, qui étant très sollicitée, ne disposa pas d’un temps suffisant pour nous permettre d’organiser un plateau photographique digne de ce nom ! Seule figure proposée ici, celle du gardien de la maison, monsieur Pascal Sidibe, qui fut disponible même un dimanche matin pour offrir un instant son image à nos capteurs numériques alors que nous prenions la route pour Bamako.


Quoi qu’il en soit, la raison d’être de cette antenne du Conseil régional Nord-Pas de Calais ancrée à Kayes au Mali vient de la volonté de coopération entre la région de Kayes au nord-ouest du Mali, et la région Nord-Pas de Calais. Un premier accord de coopération avait fixé les termes du dialogue entre le gouvernorat de la région de Kayes et la collectivité française, accord remplacé à partir de 1999 par un engagement contracté cette fois-avec ci la toute fraîche Assemblée régionale de Kayes, nouvellement mise en place par le dispositif de décentralisation malien en 1991.

L’Etat malien ayant naturellement lancé un programme national d’appui à la décentralisation, l’antenne Nord-Pas de Calais a proposé d’y ajouter son grain de sel : elle apporte un soutien institutionnel à l’Assemblée régional de Kayes afin d’accompagner les vingt trois élus de l’assemblée régionale et les techniciens dans l’exercice des responsabilités qui leur sont maintenant imparties. C’est le premier axe d’intervention de l’équipe. Deuxième axe, le soutien aux initiatives de développement sur l’ensemble du périmètre de la région de Kayes, puis troisième préoccupation, l’éducation au développement des jeunes avec le concours des multiples acteurs éducatifs de la région Nord-Pas de Calais.

« Ingénieur agronome, je m’occupe depuis juin 2004 de l’appui technique aux projets de développement local. David Hacquin, que vous avez vu hier, anime le programme d’appui institutionnel à l’Assemblée régional de Kayes. Globalement, notre rôle consiste à organiser une médiation, à fournir un appui méthodologique au montage des dossiers, à accompagner et évaluer les initiatives que nous avons décidées de soutenir et qui rentrent dans le cadre de notre coopération franco-malienne.

Nous travaillons par exemple à la mise en place d’une coordination d’artisans qui devrait à terme mettre sur pied des formations professionnelles et appuyer la création d’entreprises. Autres exemples : nous oeuvrons sur un projet original d’électrification rurale, un autre programme portant sur la sécurité alimentaire avec Afrique Verte et sur des jumelages entre acteurs locaux et acteurs du Nord-Pas de Calais. Dans ces différents cas de figure, nous intervenons dans la définition de la stratégie du projet, sur la définition des partenariats (choix des acteurs) et la mise en relation avec d’autres initiatives et expériences. Le Conseil régional Nord-Pas de Calais peut quelquefois attribuer un cofinancement à certaines initiatives locales si bien que nous assurons une partie de la préparation des fiches-projet présentées aux délibérations du Conseil régional en France.




La veille au soir, avant de rencontrer Ibrahima, David Hacquin son collaborateur français et contractuel du Conseil régional Nord-Pas de Calais, qualifiait d’acrobatique la gestion de sa mission dans le cadre de la comptabilité publique et pour le compte de la collectivité française.
« Je n’ai pas de délégation de signature officielle par exemple et cela me pose problème pour engager l’antenne vis à vis de partenaires locaux. Ibrahima par exemple n’est pas employé par le Conseil régional mais par le Collectif d’Ingénieurs Sahel (CIS), un bureau d’études avec lequel nous avons passé un marché. Cela peut devenir parfois relativement complexe. D’ailleurs, à l’avenir, nous allons évoluer vers le passage d’un marché public avec des organisations locales qui pourront assurer la maîtrise d’oeuvre complète de la coopération décentralisée. Ce sera le volet final de mon travail ici : capitaliser notre expérience et redéfinir le terrain d’exercice de la mission dans le cadre d’un marché public ».

Notre discussion avec Ibrahima devient plus confidente et cède la place à un langage plus personnel. Il raconte qu’après avoir obtenu son bac au Mali , il est allé étudier l’agronomie à Kiev en Ukraine de 1986 à 1992. Il y aura vécu la chute du mur de Berlin, la création de l’état biélorusse et de la république d’Ukraine en 1991, ainsi que la fin de l’URSS assortis de ses déséquilibres économiques.
« Nous avons pu nous rendre en URSS grâce à la coopération - que ferait-on sans elle ! qu’avait engagé le Mali après son indépendance avec les soviétiques. La jeunesse ukrainienne avait peur de nous et nous jalousait. Pour eux, nous étions pauvres car nous venions d’Afrique et le continent était pauvre à leurs yeux. Nous voir correctement vêtu et poursuivant des études dans de bonnes conditions perturbait leur soi-disant droit à la préférence nationale.
L’enseignement russe était de très bonne qualité. Les professeurs étaient très académiques et extrêmement dévoués à leur profession. Le retour au Mali a été ardu. Après un séjour aussi long à l’étranger, nous avons été difficilement intégrés dans le monde du travail, déclare Ibrahima. Toujours est-il que ces années ont été parmi mes plus belles !
Je connais le nord de la France, j’y suis allé une fois. Ce qui m’a frappé dans votre région, c’est l’effervescence des gens pour le développement durable, le commerce équitable, l’agriculture biologique... c’est une région qui regorge d’idéalistes ! ».




Kayes (Mali), le 12 juillet 2004




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